Édition avril 2018

Vous serez sans doute d’accord avec moi que pour que les essais et la recherche prennent tout leur sens, il faut que les résultats obtenus, ou les apprentissages acquis en cours de route, soient applicables à notre réalité de tous les jours.

C’est dans cet esprit que travaille l’équipe de la ferme de recherche de Saint-Hyacinthe de la Coop Fédérée. Au sein de cette équipe, il y a Lucie Kablan, Ph. D., chercheuse, qui a compilé et analysé, avec ses collègues, une grande quantité de données sur la fertilisation azotée dans le maïs. Le fruit de leur travail a été publié dans la prestigieuse revue scientifique Agronomy Journal, à l’été 2017.

L’article présente comment divers facteurs influencent la dose économique optimale d’azote dans les champs de maïs à haut potentiel de rendement de la Montérégie.

Récemment, alors qu’elle était en entrevue avec un autre journal, Mme Kablan expliquait que ce sont les questions des représentants et l’intérêt des producteurs à trouver la meilleure dose d’azote pour leurs sols à haut potentiel, qui l’ont poussée à étudier les données que la ferme de recherche avait à ce sujet. Avant elle, la chercheuse et agronome Valérie Chabot avait en effet réalisé plusieurs années d’essais sur la fertilisation azotée dans le maïs, et la base de données disponible était riche et pertinente.

Débutons par un petit survol du sujet, avant d’en dire davantage sur cette étude. À propos de l’azote, nous savons…

- Que les besoins du maïs sont importants, de sa sortie de terre jusqu’à la fin du remplissage des grains, et que la disponibilité de l’azote en quantité suffisante est critique du stade V8 jusqu’à la sortie des croix, soit pendant la période de croissance végétative intense.

- Que les engrais azotés sont plus ou moins bien fixés par le sol et donc que l’effet cumulatif de l’azote est faible.

- Que plusieurs facteurs influencent sa disponibilité, dont la température et la quantité de précipitations, sur lesquelles nous n’avons aucun contrôle.

- Que l’azote peut avoir un impact négatif sur l’environnement, parce qu’il est impliqué dans les gaz à effet de serre et parce qu’il est très lessivable et peut causer la contamination des sources d’eau.

Sur ces bases, il est donc tout à fait normal de se demander combien d’azote il faut apporter, pour permettre à la culture de se développer pleinement, sans en mettre trop non plus, puisque ce qui n’est pas utilisé sera perdu…

Il faut savoir que les grilles de recommandations d’azote dans le maïs sont basées sur les courbes de réponse et sur l’atteinte d’un rendement économique optimal. D’une région à l’autre, d’une parcelle à l’autre et d’une année à l’autre, la dose économique optimale (DÉO) varie beaucoup, mais est néanmoins en hausse depuis les 20 dernières années. Et même si la prémisse de base demeure que les recommandations en azote doivent découler de stratégies personnalisées aux champs et aux producteurs, les résultats publiés dans l’Agronomy Journal démontrent qu’en moyenne, pour un champ à haut potentiel de rendement (zone 2800 à 3300 UTM), lorsque le semis est fait de manière optimale, les DÉO sont toujours supérieures à 170 kg N/ha, valeur de référence proposée pour le maïs- grain dans le guide de référence en fertilisation du CRAAQ, 2e édition.

Les essais conduits de 2002 à 2004 et de 2006 à 2010 cumulent 815 parcelles, sur 11 sites. Différentes dates de semis, différents types de sol (argile, loam, sable), 23 hybrides, et 5 à 6 doses d’azote par année sont représentés dans les résultats. C’est d’ailleurs l’importance de la base de données, et son caractère unique, qui ont suscité l’intérêt chez les éditeurs de l’Agronomy Journal. Pour la première fois, selon un des réviseurs, des chercheurs sont parvenus à lier la date de semis et la texture du sol aux besoins azotés du maïs.

La publication nous permet d’apprendre que lorsque la date de semis est optimale (avant le 12 mai), la DÉO varie de 180 à 237 kg N/ha, avec 100% des champs qui nécessitent une DÉO supérieure à 170 kg N/ha. Pour les années où le semis a été retardé, lorsqu’on considère tous les facteurs confondus (date de semis, texture du sol et pluviométrie), la moyenne des DÉO est de 195 kg N/ha, avec un intervalle de 132 à 237 kg N/ha. L’analyse des données disponibles a également permis d’observer que les sols à texture fine ont généralement des DÉO plus basses que les sables. Autrement dit, un apport d’azote plus important est nécessaire dans les sables pour obtenir le même résultat que dans une argile ou un loam. Un autre fait intéressant que l’analyse de la base de données a permis d’illustrer, c’est l’impact de la pluviométrie sur la dose économique optimale. En effet, les données sur les précipitations en début de saison ont été étudiées pour chaque année et chaque parcelle de l’essai. Lorsque la pluviométrie est élevée, les résultats montrent que la DÉO est supérieure dans les sols sableux, de 25 kg N/ha en moyenne par rapport à la DÉO des sols argileux. Ce constat s’explique facilement du fait que les pertes par lessivage sont plus importantes dans les sables, mais de pouvoir chiffrer la différence s’avère très intéressant. Dans les situations de pluviométrie élevée, il a également été démontré que la DÉO (fractionnée en post-levée) était de 24 kg N/ha supérieure dans les situations de semis à une date optimale vs les semis tardifs.

La publication des résultats dans une revue scientifique comme l’Agronomy Journal est assurément une grande fierté pour Mme Kablan et l’équipe de la ferme de recherche. Cette reconnaissance par des pairs confirme la rigueur de leur démarche scientifique, et donne certainement plus de valeur aux résultats obtenus. Ce qui est également intéressant, c’est que plusieurs d’entre vous trouveront dans ces résultats la confirmation des observations faites sur vos terres : confirmation que dans nos régions à haut potentiel de rendement, une fertilisation azotée plus élevée que la dose proposée dans les guides pour l’ensemble du Québec, permet souvent d’atteindre un meilleur rendement économique, lorsque les conditions de sol et de semis sont bonnes.

Les données publiées permettront également à vos conseillers d’y référer pour mieux vous informer sur la dose à appliquer, en fonction de la date de semis, du type de sol et de la pluviométrie, puisqu’ils pourront se baser sur les données historiques de situations semblables pour valider leurs recommandations. Pour consulter la publication dans son intégralité, visitez : https://dl.sciencesocieties.org/publications/aj/pdfs/109/5/2231?search-result=1

 

Soya - Il ne manque certes pas d’oléagineux sur le marché en ce moment (stocks en surplus de 5.5 à 6 Mt au moment d’écrire ces lignes à la fin février), alors que la demande est constante. Le rythme de commercialisation plutôt lent au Québec cet hiver et la nouvelle récolte brésilienne qui fut bonne, ne laissent pas présager une hausse du prix à court terme. Les intentions d’ensemencement aux États-Unis, dévoilées à la fin mars, alors que cet article chemine jusqu’à vous, et celles de Statistiques Canada, qui doivent sortir le 27 avril, vont être particulièrement intéressantes cette année selon moi. Est-ce que le soya gardera malgré tout la première place, ou assisterons-nous à un retour en force du maïs ?

Maïs-grain - L’ambiance de travail est assez tranquille, les prix offerts aux producteurs n’ont pas été très vigoureux cet hiver, le printemps s’annonce un peu mieux, mais sans plus. Il y a ,par contre ,déjà des offres pour l’hiver 2019 ; sur le long terme, certaines occasions intéressantes peuvent se présenter.

Blé - Le marché est stable, avec des prix quand même intéressants. Cependant, la récolte de blé d’automne aux États-Unis commence sous peu, et malgré le peu de précipitations cet hiver, le mois de mars a pu changer la donne. C’est à suivre !

La tendance baissière du dollar américain des derniers mois participe aussi à maintenir les prix à peu près au neutre, et il est difficile de prévoir comment tout ça évoluera. Votre meilleure stratégie demeure de contrôler ce sur quoi vous avez du pouvoir : tenter d’optimiser vos rendements, et connaître vos coûts de production, savoir jusqu’où vous pouvez aller.

Le 19 février dernier, Mme Isabelle Melançon, ministre du développement durable, de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques, a fait l’annonce d’une modernisation des règlements encadrant l’utilisation et la vente des pesticides les plus à risque.

Concrètement, voici ce qu’il y a de nouveau :

Les semences de maïs, soya, canola, et céréales traitées avec certains néonicotinoïdes sont maintenant considérées comme un pesticide. Elles seront donc assujetties au régime de permis et certificat, et ceux-ci seront nécessaires pour l’achat, l’application ou la vente de ces semences. Ces semences, en tant que pesticides, seront également soumises aux distances d’éloignement réglementaires des cours d’eau, fossés et puits, et devront être entreposées de façon à contrôler le risque de dispersion dans l’environnement. 

Une justification et une prescription sont requises pour l’utilisation et l’achat d’un pesticide contenant de l’atrazine, du chlorpyrifos, et 3 néonicotinoïdes. Pour l’atrazine, cette obligation est en force depuis le 8 mars, vous devez donc dès maintenant obtenir une prescription et une justification pour l’achat et l’utilisation d’un herbicide qui en contient (9 produits actuellement homologués au Canada contiennent de l’atrazine). Autrement dit, selon cette nouvelle réglementation, aucun détaillant ne pourra vendre les produits ciblés sans présentation d’une prescription valide, numérotée et signée. Les deux documents doivent être produits et signés par un agronome ; le producteur doit conserver une copie de la justification pendant 5 ans et remettre la prescription à son fournisseur au moment de l’achat. Les détaillants auront à déclarer annuellement au ministère leurs ventes de pesticides « prescrits ».

Finalement, les producteurs doivent tenir un registre de tous les pesticides appliqués, qu’ils soient ciblés ou non par l’obligation d’obtenir une justification agronomique.

Soyez assurés que le Réseau Agrocentre travaille déjà depuis un moment à mettre en place des outils qui nous permettront de faire face ensemble à ces nouvelles exigences.

La culture du maïs et du soya Roundup Ready prend une place importante au Québec. Même s’il y a une vague de producteurs qui font un virage biologique depuis quelques années, le Roundup est encore l’herbicide le plus utilisé en Amérique du Nord et même sur la planète ! Il entre dans la composition de plusieurs stratégies d’arrosage, autant en semis direct qu’en conventionnel, ou pour le brûlage des prairies.

Bien que l’herbicide Roundup n’ait pas bonne presse ces temps-ci, il demeure quand même un produit à faible risque sur la santé et l’environnement selon SAgE Pesticides. Ses indices de persistance et de lessivage sont faibles. De plus, le Roundup est une solution de désherbage économique et efficace. Par contre, il ne faut pas oublier que lorsqu’une matière active est utilisée seule, il est difficile de gérer les risques d’apparition d’une résistance chez les mauvaises herbes. En 2017, le CEROM a détecté pour la première fois au Québec une plante résistante au glyphosate : la moutarde des oiseaux.

L’utilisation d’autres herbicides ciblant mieux les mauvaises herbes problématiques présentes dans le champ est donc une solution à privilégier. Il est important aussi de varier les groupes de matières actives d’une culture à l’autre, d’une année à l’autre. Même si le maïs ou le soya sont résistants au glyphosate, ils peuvent être traités avec un herbicide différent et ainsi, le traitement au glyphosate peut être considéré comme une solution de rechange, en cas d’échappée de mauvaises herbes.

Par exemple, dans le maïs, un arrosage en prélevée demeure un choix idéal pour éviter l’établissement des mauvaises herbes, et ainsi augmenter le potentiel de rendement de la culture à son maximum. La période 3 à 8 feuilles est critique dans la détermination du rendement, le maïs pouvant détecter la présence de compétiteurs par le changement de la qualité de la lumière réfléchie par le sol. Si le champ est déjà propre, il n’y a aucune compétition pour la disponibilité de l’eau, de la lumière et des éléments nutritifs, le maïs ne s’étiolera pas et conservera son plein potentiel de rendement. Dans ce scénario, le glyphosate pourrait être utilisé en arrosage postlevée s’il y a des échappées ou des vivaces que l’herbicide appliqué en prélevée ne contrôle pas.

Un autre exemple serait d’ajouter le glyphosate à d’autres herbicides pour un arrosage de postlevée hâtive (3-4 feuilles du maïs). Le glyphosate agira alors sur les mauvaises herbes déjà levées, et l’autre herbicide résiduel maîtrisera les mauvaises herbes qui ne sont pas encore levées. De plus, ces résiduels seront beaucoup plus efficaces contre des mauvaises herbes qui germent toute la saison, comme l’abutilon et la morelle noire. L’idéal est d’utiliser un herbicide résiduel composé de plusieurs matières actives. Par exemple, AcuronTM, un nouvel herbicide offert depuis l’an dernier, contient 4 matières actives dont une nouvelle : le bicyclopyrone, qui fait partie du groupe 27, et contrôle autant les feuilles larges que les graminées.

Un autre avantage de désherber autrement qu’avec du glyphosate seul est de maintenir des champs avec une pression de mauvaises herbes basse, ce qui peut faciliter le désherbage l’année suivante dans une culture telle que le soya IP par exemple. En effet, le désherbage du soya conventionnel est plus coûteux, alors le fait de bien contrôler les mauvaises herbes dans les cultures en rotation peut aider l’efficacité des traitements dans le soya conventionnel et ainsi éviter de devoir retraiter. Ceci permet de récupérer l’augmentation du coût du désherbage du maïs.

Pour le soya Roundup Ready, plusieurs herbicides pouvant être combinés au glyphosate sont offerts sur le marché, permettant de diminuer la dose de glyphosate appliquée. Par exemple, contre le souchet, l’ajout du Classicmd (herbicide copack Gardien®) permet un bon contrôle, alors que le glyphosate utilisé seul devrait l’être à forte dose pour avoir un effet. Pour le contrôle de la prêle des champs, le Reflex® (herbicide co-pack Flexstar®GT), est efficace pour brûler la partie aérienne de cette plante. Aussi, l’utilisation du dicamba dans le soya Xtend peut aider à contrôler les mauvaises herbes vivaces, sans avoir à utiliser de grosses doses de glyphosate.

Culture Roundup Ready ou pas, il est bénéfique, autant au niveau du rendement que de l’efficacité à long terme, d’utiliser aussi des herbicides résiduels, et de varier les modes d’action. Parlez-en à votre représentant Agrocentre, il pourra vous aider à choisir les produits les plus efficaces, selon vos champs.

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