Dose d’azote dans le maïs : la recherche québécoise dans l’Agronomy Journal !

Vous serez sans doute d’accord avec moi que pour que les essais et la recherche prennent tout leur sens, il faut que les résultats obtenus, ou les apprentissages acquis en cours de route, soient applicables à notre réalité de tous les jours.

C’est dans cet esprit que travaille l’équipe de la ferme de recherche de Saint-Hyacinthe de la Coop Fédérée. Au sein de cette équipe, il y a Lucie Kablan, Ph. D., chercheuse, qui a compilé et analysé, avec ses collègues, une grande quantité de données sur la fertilisation azotée dans le maïs. Le fruit de leur travail a été publié dans la prestigieuse revue scientifique Agronomy Journal, à l’été 2017.

L’article présente comment divers facteurs influencent la dose économique optimale d’azote dans les champs de maïs à haut potentiel de rendement de la Montérégie.

Récemment, alors qu’elle était en entrevue avec un autre journal, Mme Kablan expliquait que ce sont les questions des représentants et l’intérêt des producteurs à trouver la meilleure dose d’azote pour leurs sols à haut potentiel, qui l’ont poussée à étudier les données que la ferme de recherche avait à ce sujet. Avant elle, la chercheuse et agronome Valérie Chabot avait en effet réalisé plusieurs années d’essais sur la fertilisation azotée dans le maïs, et la base de données disponible était riche et pertinente.

Débutons par un petit survol du sujet, avant d’en dire davantage sur cette étude. À propos de l’azote, nous savons…

- Que les besoins du maïs sont importants, de sa sortie de terre jusqu’à la fin du remplissage des grains, et que la disponibilité de l’azote en quantité suffisante est critique du stade V8 jusqu’à la sortie des croix, soit pendant la période de croissance végétative intense.

- Que les engrais azotés sont plus ou moins bien fixés par le sol et donc que l’effet cumulatif de l’azote est faible.

- Que plusieurs facteurs influencent sa disponibilité, dont la température et la quantité de précipitations, sur lesquelles nous n’avons aucun contrôle.

- Que l’azote peut avoir un impact négatif sur l’environnement, parce qu’il est impliqué dans les gaz à effet de serre et parce qu’il est très lessivable et peut causer la contamination des sources d’eau.

Sur ces bases, il est donc tout à fait normal de se demander combien d’azote il faut apporter, pour permettre à la culture de se développer pleinement, sans en mettre trop non plus, puisque ce qui n’est pas utilisé sera perdu…

Il faut savoir que les grilles de recommandations d’azote dans le maïs sont basées sur les courbes de réponse et sur l’atteinte d’un rendement économique optimal. D’une région à l’autre, d’une parcelle à l’autre et d’une année à l’autre, la dose économique optimale (DÉO) varie beaucoup, mais est néanmoins en hausse depuis les 20 dernières années. Et même si la prémisse de base demeure que les recommandations en azote doivent découler de stratégies personnalisées aux champs et aux producteurs, les résultats publiés dans l’Agronomy Journal démontrent qu’en moyenne, pour un champ à haut potentiel de rendement (zone 2800 à 3300 UTM), lorsque le semis est fait de manière optimale, les DÉO sont toujours supérieures à 170 kg N/ha, valeur de référence proposée pour le maïs- grain dans le guide de référence en fertilisation du CRAAQ, 2e édition.

Les essais conduits de 2002 à 2004 et de 2006 à 2010 cumulent 815 parcelles, sur 11 sites. Différentes dates de semis, différents types de sol (argile, loam, sable), 23 hybrides, et 5 à 6 doses d’azote par année sont représentés dans les résultats. C’est d’ailleurs l’importance de la base de données, et son caractère unique, qui ont suscité l’intérêt chez les éditeurs de l’Agronomy Journal. Pour la première fois, selon un des réviseurs, des chercheurs sont parvenus à lier la date de semis et la texture du sol aux besoins azotés du maïs.

La publication nous permet d’apprendre que lorsque la date de semis est optimale (avant le 12 mai), la DÉO varie de 180 à 237 kg N/ha, avec 100% des champs qui nécessitent une DÉO supérieure à 170 kg N/ha. Pour les années où le semis a été retardé, lorsqu’on considère tous les facteurs confondus (date de semis, texture du sol et pluviométrie), la moyenne des DÉO est de 195 kg N/ha, avec un intervalle de 132 à 237 kg N/ha. L’analyse des données disponibles a également permis d’observer que les sols à texture fine ont généralement des DÉO plus basses que les sables. Autrement dit, un apport d’azote plus important est nécessaire dans les sables pour obtenir le même résultat que dans une argile ou un loam. Un autre fait intéressant que l’analyse de la base de données a permis d’illustrer, c’est l’impact de la pluviométrie sur la dose économique optimale. En effet, les données sur les précipitations en début de saison ont été étudiées pour chaque année et chaque parcelle de l’essai. Lorsque la pluviométrie est élevée, les résultats montrent que la DÉO est supérieure dans les sols sableux, de 25 kg N/ha en moyenne par rapport à la DÉO des sols argileux. Ce constat s’explique facilement du fait que les pertes par lessivage sont plus importantes dans les sables, mais de pouvoir chiffrer la différence s’avère très intéressant. Dans les situations de pluviométrie élevée, il a également été démontré que la DÉO (fractionnée en post-levée) était de 24 kg N/ha supérieure dans les situations de semis à une date optimale vs les semis tardifs.

La publication des résultats dans une revue scientifique comme l’Agronomy Journal est assurément une grande fierté pour Mme Kablan et l’équipe de la ferme de recherche. Cette reconnaissance par des pairs confirme la rigueur de leur démarche scientifique, et donne certainement plus de valeur aux résultats obtenus. Ce qui est également intéressant, c’est que plusieurs d’entre vous trouveront dans ces résultats la confirmation des observations faites sur vos terres : confirmation que dans nos régions à haut potentiel de rendement, une fertilisation azotée plus élevée que la dose proposée dans les guides pour l’ensemble du Québec, permet souvent d’atteindre un meilleur rendement économique, lorsque les conditions de sol et de semis sont bonnes.

Les données publiées permettront également à vos conseillers d’y référer pour mieux vous informer sur la dose à appliquer, en fonction de la date de semis, du type de sol et de la pluviométrie, puisqu’ils pourront se baser sur les données historiques de situations semblables pour valider leurs recommandations. Pour consulter la publication dans son intégralité, visitez : https://dl.sciencesocieties.org/publications/aj/pdfs/109/5/2231?search-result=1

 


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