Édition avril 2019

Chaque printemps, tous les producteurs sont pleins de bonnes intentions. Ils suivent quelques formations pour être à jour et se rappeler les points clés de la préparation des semoirs et planteurs. Puisqu’ils cultivent de plus grandes surfaces, en étant toujours aussi dépendants de la météo, les producteurs ont acquis des équipements beaucoup plus performants. Les machines de préparation des sols sont plus imposantes, les semoirs plus larges, les planteurs sont à haute vitesse, bref, c’est une course contre la montre. Les fermes sont de plus grandes dimensions et les semis s’effectuent en moins de temps . Dans cette chronique, nous allons faire le tour des éléments à considérer pour réussir les semis et obtenir une levée uniforme. C’est le point de départ pour avoir de beaux champs, des cultures de qualité et du rendement. Au bout de la ligne, c’est ce que l’on vend qui rapporte.

Avant de parler d’équipement, il faut parler de préparation de sol : ça commence à l’automne lors de la récolte. Si les conditions météorologiques ne sont pas adéquates et que la batteuse et les chariots à grains laissent des traces et de la compaction, on a déjà un problème . Le travail de sol fait à l’automne doit être lui aussi exécuté dans de bonnes conditions, ce qui n’est pas toujours évident selon les années. Vient ensuite le printemps et la fièvre monte comme la sève dans les érables. Dès que les champs commencent à sécher et grisonner, les tracteurs attelés des vibros sont prêts à partir. Aussitôt qu’un voisin commence à faire un peu de poussière, les bonnes résolutions d’attendre les conditions idéales s’envolent et c’est parti pour les semis ! Pour le meilleur ou pour le pire, l’avenir va nous le dire.

Parlons maintenant de la préparation du semoir ou du planteur, cet équipement de haute précision qui ne sert que sur un court laps de temps mais sur lequel reposent tous nos espoirs de bien débuter la saison ! Le premier point à vérifier est l’usure des disques de semis et d’engrais. Des disques usés ne font pas le travail adéquatement et le positionnement de l’engrais et de la semence en sont affectés. L’ajustement des disques entre eux doit être vérifié pour avoir un V parfait afin que la semence soit bien en contact avec l’humidité du sol et que la profondeur soit uniforme. La plupart des disques doubles doivent se toucher sur une longueur de 1 à 2 pouces pour empêcher la formation d’un sillon en W. Le but visé est de toujours avoir une levée uniforme.

Ensuite, il faut vérifier le mécanisme du semoir pour un roulement doux, continu et non saccadé. Les chaînes d’entraînement devraient être changées tous les ans. Prenez le temps de faire tourner à la main tous les disques du semoir et les tasses-résidus pour vous assurer de leur bon fonctionnement. Défaites les unités de semis, et inspectez-les ; n’hésitez pas à les faire inspecter et calibrer par un professionnel , car à lui seul, cet élément peut avoir un impact important sur le rendement. Vérifiez le système de distribution d’engrais, qu’il soit sec ou liquide, afin qu’il n’y ait pas de résidus de l’année précédente qui pourraient bloquer ou ralentir le débit d’écoulement. Le positionnement des fertilisants est aussi à vérifier. Trop près ils peuvent brûler la semence et trop loin ils n’offriront pas l’effet voulu d’un démarreur. Les concessionnaires organisent des journées de formations et offrent des inspections, n’hésitez pas à en profiter ; après tout, on sème une seule fois par année.

Un autre point très important est d’atteler le planteur sur le tracteur qui va semer pour ajuster le niveau de celui-ci. Un semoir ou un planteur qui n’est pas au niveau ne fait pas un bon travail. Pour débuter la calibration, il faut d’abord vérifier la pression des pneus : elle doit être conforme à ce qui est inscrit dans le manuel d’utilisation du planteur. Des pneus trop mous font plus de tours sur une même longueur, ce qui augmente la quantité de semences et d’engrais déposés au sol, lorsque l’entraînement se fait à partir des roues. Pour vérifier la population semée, on fait un test dans la cour, sur une longueur de 17 pieds et 5 pouces pour les cultures semées avec un espacement de 30 pouces entre les rangs. La moyenne des comptes obtenus sur quelques rangs donne une population par un millième d’acre ; il suffit de multiplier par 1000 pour avoir la population/acre. Par la suite, on peut valider que le moniteur est bien calibré. 

Finalement, il reste les ajustements au champ. Après avoir semé sur une petite distance, il faut s’arrêter et débarquer du tracteur pour valider les ajustements :

- La profondeur de semis et un bon contact de la semence avec l’humidité du sol.

- La hauteur des tasses-résidus qui doit être ajustée pour que les étoiles touchent à peine le sol, parce qu’ il faut éviter de créer un canal en étant trop agressif. Si votre planteur a un disque ondulé devant l’unité, ajustez la profondeur du disque pour qu’il travaille 1/4 de pouce au-dessus de la profondeur du semis. Cet ajustement permet d’éviter qu’il y ait formation de poches d’air sous la semence.

- La pression sur les unités de semis est aussi très importante. La force appliquée sur l’unité permet d’uniformiser la profondeur et de réduire les vibrations qui pourraient faire varier le positionnement des semences. Les roues de fermeture doivent être bien alignées sur le sillon créé par les disques de semis et produire une pression adéquate pour assurer un bon contact de la semence avec le sol. 

- Les fertilisants devraient généralement être positionnés à 2 pouces à côté et 2 pouces sous la semence. C’est important de confirmer le positionnement, pour éviter les risques de toxicité s’il est trop proche, et pour s’assurer que le fertilisant est tout de même assez près de la semence pour bénéficier aux jeunes racines tôt après la germination. 

Vous êtes maintenant prêts pour faire vos semis, mais n’oubliez pas de valider à nouveau vos ajustements lorsque le type de sol et l’humidité varient.

En conclusion, un semoir bien ajusté va déposer la bonne quantité de semences à la bonne profondeur, avec un espacement régulier et une fertilisation bien positionnée. Vous n’aurez pas de 2e chance d’offrir un bon départ aux cultures que vous soignerez tout l’été. Rappelez-vous aussi que les dommages causés l’automne précédent, par un travail de sol dans de mauvaises conditions, diminuent le potentiel de rendement. La préparation printanière du terrain vient camoufler les traces du passé, mais les racines des plantes ont tôt fait de les trouver et elles en subissent les conséquences. Un beau lit de semence donne une humidité uniforme partout dans le champ et aide à ce que la levée le soit aussi. Vous avez peut-être déjà entendu la règle du pouce suivante : un plant de maïs avec une feuille de retard ne produira que la moitié d’un épi, avec 2 feuilles de retard, il n’y a pas d’épi récoltable... Ce n’est pas juste une question de planteur, chaque détail compte ! 

À l’approche de la période des semis, avez-vous pensé commencer à commercialiser vos grains pour la prochaine récolte ? Si on se fie à l’historique des prix offerts à la récolte au cours des dernières années, soit du maïs qui se vendait autour de 185$ à 195$/tm selon les régions, et du soya entre 420$ et 430$/tm, tout porte à croire que ventiler vos ventes de grains pourrait être une bonne stratégie. Au moment d’écrire ces lignes, le prix « spot » offert pour la récolte de maïs était quand même assez intéressant à 205$/tm. Pour le soya OGM, sans être aussi élevé que le 480$/tm que plusieurs désiraient, le prix tournait tout de même autour de 450$/tm. Ces prix étaient donc plus intéressants que les prix moyens offerts à la récolte dans les dernières années. À noter que dans le cas des producteurs de soya IP, les bases et les primes offertes valent aussi la peine d’être analysées. Elles sont bonnes en ce moment pour livraison à la prochaine récolte, et si les primes risquent peu de changer, les bases, elles, peuvent varier selon le marché. 

En plus, vendre un certain volume vous permettrait de réduire les risques face aux différents imprévus qui planent au-dessus de nos têtes : guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, qui, au moment d’écrire ce texte n’était toujours pas réglée, prochaines politiques de M. Trump, ou la météo aux États-Unis, qui peut autant nuire aux récoltes que mener à une autre année record au niveau des rendements... Dans ce contexte, criblé de nombreux inconnus, il n’est jamais de mauvais conseil de réduire les risques et de commencer à réaliser des premières ventes pour la prochaine récolte. Bon semis à vous tous ! 

Devrait-on éviter l’urée comme source d’azote dans les formules de démarreurs granulaires ? Si d’autres sources d’azote peuvent être utilisées, pourquoi prendre le risque ? L’urée est peu disponible en conditions froides et doit se transformer pour être assimilable par les cultures. Lors de sa transformation, il y a formation d’ammoniac, qui, en trop grande quantité, peut affecter le germe et ainsi nuire à l’établissement des plants. Dans certaines situations, la population s’en trouve grandement diminuée.

Plusieurs sources d’azote sont disponibles sous la forme granulaire. L’ammonitrate de calcium est celle qui est principalement utilisée pour la formulation des démarreurs. Cette source d’azote est directement assimilable par la plante et ne présente aucun risque de dégagement d’ammoniac.

Par contre, la situation est différente avec les démarreurs liquides. Dans ce cas-ci, je vais parler seulement des démarreurs 2 x 2, qui sont positionnés deux pouces à côté de la semence et deux pouces en dessous. Le choix des sources d’azote liquide est très limité et c’est donc la solution azotée 32% qui est utilisée. Le problème, c’est que 50% de l’azote qu’elle contient est sous forme d’urée. Il faut alors être plus prudent et limiter la dose, spécifiquement lorsque nous sommes en sol sableux.

Dans les deux situations, la règle générale est de ne pas dépasser un apport de 30kg/ha de N lorsque la source d’azote est l’urée.

Jouons de prudence et évitons le plus possible ces situations limites.

Lorsque vient le temps de planifier leur stratégie pour désherber le soya RR, plusieurs producteurs agricoles optent pour un seul passage de glyphosate lorsque la majorité des mauvaises herbes sont levées. Cette stratégie est économique, et le résultat visuel au niveau de la maîtrise des mauvaises herbes est relativement bon. Mais quel rendement avez-vous perdu en laissant les mauvaises herbes germer et s’établir ?

Le soya doit être exempt de mauvaises herbes en début de croissance. Cette période critique est le moment le plus important pour éliminer la compétition et minimiser l’impact sur le rendement. Selon le Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP), la période critique sans mauvaises herbes est entre le stade de 1 à 3 feuilles trifoliées (V2 à V3).

Quelques solutions s’offrent aux producteurs pour protéger le potentiel de rendement. L’une d’entre elles est l’utilisation d’un herbicide résiduel en prélevée du soya, suivie d’une application de glyphosate en postlevée tardive. Vous direz que 2 arrosages et l’herbicide résiduel augmentent le coût par acre pour le désherbage ? C’est bien vrai. Par contre, avez-vous pensé à ce que vous allez perdre si vous ne protégez pas le potentiel de rendement ? Selon le Guide de lutte contre les mauvaises herbes 2018, Publication 75A-F du Ministère de l’agriculture de l’Ontario, 11 essais aux champs ont conclu à une différence de rendement moyen de 0.19 TM/acre à l’avantage d’une stratégie de 2 passages (herbicide prélevée suivi d’un glyphosate en post tardive) par rapport à un seul (glyphosate en postlevée tardive). Si on fait un calcul rapide avec un prix de soya RR à 435$/TM, ça fait un revenu supplémentaire de 83$/acre. Cette différence en terme de revenu vient combler amplement le coût supplémentaire du passage et de l’herbicide résiduel. Il est à noter que l’étiquette de plusieurs produits offre le choix d’utiliser 2 doses en fonction de l’infestation. On peut ainsi utiliser la « petite dose » d’herbicide résiduel pour s’assurer que le champ reste propre jusqu’à 3 trifoliées dans une stratégie de 2 passages, et ainsi s’assurer de protéger le rendement.

Dans un plan de phytoprotection, une stratégie à 2 passages dans le soya RR est à considérer. Dans le cas d’une entreprise avec de grandes superficies de soya RR, ça permet de répartir le travail étant donné que la fenêtre d’application d’un seul passage est très mince. Combien d’entre vous avez déjà manqué cette fenêtre ? Essayer d’arroser la totalité des superficies en un passage comporte des risques si les conditions météo ou de sol ne permettent pas l’application au bon moment. Cette stratégie s’applique aussi si vous travaillez avec une entreprise d’arrosage à forfait qui risque de ne pas être là exactement au moment souhaité.

Autre point à considérer… si vous avez des champs avec un problème de mauvaises herbes qui germent tout au long de l’été, l’effet résiduel va diminuer les risques d’infestation si celles-ci figurent sur l’étiquette du produit utilisé. La mauvaise herbe la plus courante et la plus problématique dans le soya est la morelle noire de l’Est. L’utilisation d’un herbicide résiduel contrôlant la morelle tard en saison facilitera le battage, améliorera la qualité de la récolte, et empêchera que le champ ne se réensemence pour l’année suivante.

Enfin, l’utilisation d’un herbicide résiduel réduit les risques de résistance au glyphosate, étant donné que l’on utilise des matières actives différentes. Un premier cas de résistance au glyphosate, soit la moutarde des oiseaux, a été découvert au Québec en 2017. Il est donc primordial de diversifier les méthodes de désherbage !

N’hésitez pas à prendre contact avec l’Agrocentre de votre région pour planifier votre stratégie de désherbage pour la prochaine saison !

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