Édition mars 2019

Le visage de l’agriculture dans les années 2000 a beaucoup changé et je peux vous garantir que l’agriculture du futur évoluera elle aussi. Bien malin celui qui peut nous prédire l’avenir, mais pour l’instant, notre domaine subit une vague de nouvelles règlementations et lois, autant fédérales que provinciales, avec lesquelles les agriculteurs du Québec doivent apprendre à composer. L’étau se resserre pour une agriculture plus verte et les consommateurs exigent une certaine traçabilité propulsant ainsi l’agriculture au cœur des préoccupations de la société. Cependant, est-ce une bonne chose ce resserrement des normes environnementales qui pèsent sur notre agriculture québécoise ? Le but de cet article n’est pas de débattre cette question mais plutôt de vous dire que nous sommes là, en tant que professionnels en agriculture, pour vous accompagner. Nous ne reviendrons pas en arrière et il est inutile d’espérer un assouplissement des lois environnementales au Québec compte tenu de la conjoncture mondiale, la cote de popularité auprès du grand public pour le VERT, etc. Nous sommes donc tous destinés, intervenants et producteurs agricoles, à être plus efficaces dans un marché où les marges diminuent, la main-d’œuvre se fait rare, les normes environnementales sont plus sévères, et où le contexte de mondialisation augmente la compétition… Quand on me demande quel est mon métier, je réponds toujours la même chose : j’accompagne et je conseille les agriculteurs au sujet de leur entreprise pour qu’ils en tirent le maximum de profitabilité. Je souhaite être une référence incontournable. En 2019, ceci passe inévitablement par le support dans le respect des lois environnementales pour une agriculture durable..

 

Responsabilités du professionnel

Les technologues professionnels et agronomes ont tous des responsabilités . Ils font tous partie d’un ordre professionnel dont le but ultime est la protection du public et le respect des lois. Que ce soit pour une recommandation de fertilisants, pesticides ou tout récemment depuis 2018 pour un insecticide en traitement de semences, un diagnostic doit être posé pour appuyer une recommandation et une prescription s’il y a lieu. Faisons l’analogie avec un médecin . Vous êtes grippé, vous prenez des médicaments en vente libre si vous le jugez opportun : ceux-ci ne sont pas prescrits et se retrouvent sur les tablettes de la pharmacie. Par contre, si vous souffrez plus sévèrement, votre situation nécessite une visite chez le médecin. Celui-ci (qu’il soit au privé ou au public) posera un diagnostic suite à une série de questions et d’observations. Il fera une recommandation et ultimement, il vous prescrira un antibiotique, ou autre traitement, s’il le considère pertinent. 

En agriculture, le processus est similaire. Depuis 2018, avec la nouvelle loi sur les pesticides, un processus de prescription obligatoire s’est déployé pour certaines matières actives. Pour faire un petit tour d’horizon, votre conseiller(ère) se doit d’abord de respecter les doses homologuées, les contraintes et les indications d’application figurant sur les étiquettes des pesticides et des traitements de semences qui sont sous juridiction fédérale. En ce qui concerne les fertilisants, c’est le PAEF, sous juridiction provinciale, qui dicte les doses de phosphore à respecter. L’azote, la potasse et autres éléments mineurs ne sont pas légiférés, mais la recommandation doit respecter certaines grilles de fertilisation et l’historique de rendements d’un champ. Pour les semences, les traitements avec néonics doivent être prescrits par un agronome et relèvent de la loi provinciale. Parmi les autres obligations légales du professionnel, il y a celle de conserver toutes les recommandations, analyses de sol, PAEFs et notes d’observation au champ d’un client pendant 5 ans. Il est aussi tenu au secret professionnel et ne peut divulguer des renseignements sur votre entreprise sans votre consentement. Évidemment, le respect du code de déontologie, du code d’éthique et des règles de l’art reconnus par son ordre professionnel (technologue ou agronome) est de mise. Finalement, chaque représentant doit avoir suivi une formation et obtenu son certificat relatif aux pesticides pour les recommander et les vendre . Ce certificat est émis par le MELCC selon le règlement sur les permis et certificats, comme c’est le cas pour le certificat requis pour les agriculteurs qui font l’application de pesticides sur les terres agricoles. Le certificat est émis seulement suite à la réussite d’un examen. 

 

Responsabilités de l’agriculteur

Tout comme pour le conseiller agricole, les responsabilités sont nombreuses pour le producteur agricole. Il est d’abord tenu de respecter les recommandations faites par le professionnel (doses, produits à appliquer, moment d’application) pour tous les pesticides, qu’ils requièrent ou non une prescription, et pour les fertilisants organiques et/ou minéraux inscrits au PAEF. Il doit aussi avoir son certificat et/ou permis en règle lors de l’achat et de l’application de pesticides, selon le règlement sur les permis et certificats, de juridiction provinciale. Le port d’un équipement de sécurité adéquat : lunettes de protection, gants, masque, combinaison style Tyvex est également une responsabilité de l’agriculteur qui doit respecter les consignes figurant sur les étiquettes des produits pour leur manipulation. Il y a ensuite le respect des distances séparatrices par rapport aux cours d’eau, puits, fossés lors d’applications de pesticides ou fertilisants, et l’entreposage sécuritaire des pesticides qui sont réglementés et vérifiés lors d’inspections surprise à la ferme par le MELCC. Selon le Code de gestion des pesticides, tous les agriculteurs doivent tenir un registre complet des pesticides qu’ils appliquent ou font appliquer à forfait. Il est de votre responsabilité de le compléter et le conserver pour une période minimum de 5 ans. Nuance importante, le registre du producteur ne correspond pas à la recommandation ou la prescription faite par l’agronome. Il s’agit d’un document différent ,qui contient des détails supplémentaires tels que la date d’application, le nom et numéro de certificat de la personne qui a fait l’application, etc. Si vous faites arroser à forfait, vous devez quand même tenir un registre d’application. 

Ceci n’est qu’un survol de la réglementation et des lois auxquelles nous sommes soumis en agriculture. Pour de plus amples renseignements sur le code de gestion des pesticides, vous pouvez aussi contacter le bureau du MELCC de votre région, et pour l’obtention d’un certificat pour les pesticides, la SOFAD. N’oubliez pas que nous sommes là pour vous aider à réaliser vos projets en apportant des idées et des solutions rentables tout en se préoccupant de l’environnement. C’est important dans ce contexte réglementaire exigeant !

 

Tout le monde le sait, le prix des terres ne cesse d’augmenter, tout comme celui des intrants agricoles, qui va rarement en diminuant… Donc, comment rentabiliser au maximum ses champs ? En produisant des cultures à valeur ajoutée ! Règle générale, celles destinées à l’alimentation humaine offrent un prix supérieur à celles réservées au bétail. Voyons un peu ce que le Réseau Agrocentre vous propose

 

Premièrement, nous avons toujours été et nous sommes encore des « leaders » dans le domaine du soya IP (identité préservée). Le IP s’annonce toujours plus profitable que le soya OGM (« Roundup Ready ») d’environ 100$/acre, principalement en raison des primes de variété, de transport, d’entreposage et même de battage. De plus, puisque le soya est non OGM, il y a habituellement une économie sur le coût des semences de 20-25$/acre. Finalement, OGM ou non, les rendements sont semblables, Guide RGCQ et parcelles d’essais à l’appui ! C’est souvent la qualité du désherbage qui fera la différence. Prograin et Semican offrent aussi du natto qui entraîne de fortes primes et des taux de semis d’environ la moitié d’un soya conventionnel. Lorsqu’on réussit bien, il n’y a rien de plus rentable comme soya. 

Depuis quelques années, on observe un retour en force des céréales d’automne et plus récemment, la venue d’un nouveau joueur au Québec : le seigle hybride. Comme le maïs, il est issu d’un croisement de deux variétés parentales et offre, par rapport à un seigle d’automne régulier, une augmentation de rendement en grains de 32% en moyenne (+23% à +39%, de 2015 à 2018)*. Pourquoi ? Parce que les grains sont 5% plus gros et 20% plus nombreux sur les épis, et que les plants tallent 8% plus qu’un seigle régulier. Ainsi, il n’est pas rare de voir des rendements comme ceux obtenus en 2018 sur 2 sites d’essais en Montérégie, de 7,86 et 7,69 t/ha, soit des gains de 20% et 12% respectivement, par rapport aux 5 variétés de blé d’automne et du seigle régulier (Danko) comparés dans le même champ. Les seigles hybrides sont aussi plus rustiques et donc survivent mieux à l’hiver . Parmi les 5 variétés enregistrées au Canada, le Réseau Agrocentre en distribue 4 : Brasseto, Bono, Daniello et Guttino. Elles nous viennent toutes d’Allemagne, le joueur majeur dans ce domaine. En raison d’un tallage accru, le taux de semis varie entre 70-85 kg/ha, soit 2 à 3 fois moins que celui des seigles réguliers et des blés d’automne. 

Du côté des céréales de printemps, il y a l’orge de brasserie qui connaît une recrudescence. En moyenne, sur plusieurs années, ce créneau offre 65$/tonne de plus qu’une orge destinée au bétail, pour un travail et un coût de production presque semblables. En raison d’une forte demande et d’une pénurie d’orge sur le marché au Québec, son prix rejoint (et même dépasse) maintenant celui du blé pour un coût de production légèrement plus faible.

Semican offre des contrats d’avoine nue, qui, malgré un rendement en grains un peu moindre, donne un meilleur prix/tonne et 25% plus de paille qu’une avoine couverte. De plus, ce type d’avoine rencontre pratiquement toujours les critères de qualité requis. Finalement, nous offrons aussi des contrats de pois verts secs, une nouvelle culture qui a été essayée pour la première fois dans le Réseau en 2018 et qui a donné 6 à 8 t/ha sur quelques sites en semis direct ! Ses principaux avantages sont sa courte période de croissance (90 jours) qui permet une récolte hâtive, et l’apport d’azote qu’elle procure à la culture suivante. Cette culture permet donc d’épandre aisément les fumiers, de semer un engrais vert ou encore d’implanter une céréale d’automne.

Finalement, depuis 2018, il y a une possibilité de cultiver du chanvre industriel afin d’approvisionner l’usine de défibrage d’Agrofibre, située à Lavaltrie. Cette culture nécessite un permis de Santé Canada qui s’obtient en 60 jours ouvrables… Il ne faut donc pas tarder à en faire la demande. Pour plus de détails, communiquez avec votre représentant Agrocentre. 

 

*Source : « Le seigle hybride, nouveau joueur au Québec », Yvan Faucher, agr., Décembre 2018

Les prochaines semaines seront déterminantes pour l’enlignement de la tendance de nos marchés. Les deux plus grandes puissances commerciales à l’échelle mondiale sont toujours dans une trêve de 90 jours qui doit se terminer au début du mois de mars. Cette trêve dans la guerre commerciale qui les oppose, annoncée en décembre, ajourne la nouvelle augmentation des tarifs douaniers qui était prévue sur près de la moitié des importations chinoises et permet certainement d’apaiser les marchés boursiers. Au moment d’écrire ce texte, on sait que les 30 et 31 janvier, les deux pays doivent se rencontrer pour négocier leur déficit commercial. Ce déficit s’est accru depuis l’élection du Président Trump et a atteint 375 milliards de dollars en 2017 pour les États-Unis. Un rapport en lien avec les relations sino-américaine mentionnait que la Chine serait prête à effacer ce déficit dans les six prochaines années, alors que les Américains demanderaient que ce soit fait en 2 ans. Suite à cette publication, nos marchés ont commencé à réagir. Le soya a pris 0.25$/boisseau et le maïs 0.08$/boisseau en à peine deux jours. La morale de l’histoire : les marchés ne sont pas sans réagir devant toutes ces négociations politiques, y compris le marché du grain, et c’est à vous de saisir les opportunités qui se présentent ! Je vous souhaite à tous un bon début de saison 2019 !

Avez-vous remarqué que depuis quelques années, on voit de plus en plus de carences en potassium dans les champs de soya ? Ces zones où l’on voit des feuilles jaune pâle, surtout en juillet ? Plusieurs facteurs peuvent causer ce type de carence : une mauvaise aération du sol, de la compaction, trop peu d’humidité dans le sol, un faible taux de matière organique, un sol à texture plutôt sableuse, et évidemment, une réserve en potassium insuffisante. Le soya est une plante qui prélève beaucoup de potassium au cours de son développement. Lorsqu’une carence est observée, il est prouvé qu’une application de potasse peut régler la situation et être payante ! Mais l’idéal est de fertiliser le champ selon l’analyse de sol et la grille de fertilisation du CRAAQ, plutôt que d’attendre l’apparition de symptômes de carence pour le faire. Une application en postlevée (V3-V4) peut être envisagée, car le soya n’a pas un grand besoin en potassium en début de saison. À partir du stade V8 (environ 50 jours après l’émergence), les besoins augmentent rapidement. Une application en postlevée plutôt qu’en présemis permet d’étaler les travaux et de libérer du temps au printemps. Plusieurs sources de potassium sont disponibles, la plus utilisée étant le muriate de potasse. Il y a aussi le K-Mag®, qui fournit du magnésium en plus du potassium. En sol sableux, le niveau de Mg est souvent faible, et un apport de K-Mag® permet de balancer l’ajout de potassium et de ne pas accentuer le manque de disponibilité du magnésium. Il y a aussi le produit Aspire®, qui est une source de potassium et de bore. La majorité des sols du Québec ont une faible teneur en bore, alors il pourrait être intéressant d’enrichir nos sols de cet élément, tout en ajoutant notre potassium ; faire d’une pierre deux coups !

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