Ne semez pas une année en arrière

Faire le choix des hybrides de maïs à semer l’an prochain est l’une des décisions les plus influentes sur la performance de votre entreprise. Plusieurs facteurs doivent être considérés avant d’acheter. Malheureusement, trop souvent encore, les choix sont basés sur les rumeurs de villages, les dires du fameux voisin gonflable, ou encore en fonction de l’hybride ayant le mieux performé sur votre ferme l’année d’avant. Fort à parier que cet hybride occupera l’année suivante la grande majorité de vos superficies, indépendamment de la régie ou des précédents culturaux. Mais la grande question demeure ! Connaîtrez-vous l’année prochaine le même succès que l’an dernier, si vous basez vos choix d’hybrides ainsi ? Possible que oui, si la chance vous sourit, mais d’un point de vue agronomique et statistique, les probabilités sont plus élevées que les résultats ne soient pas ceux escomptés et qu’une partie de la rentabilité de votre entreprise soit affectée par cette prise de décision biaisée. 

 

Préparer la relève des nouveautés

La sélection génétique se fait maintenant de façon très efficace et les hybrides commerciaux sont mis en marché rapidement, ce qui fait que les produits disponibles sont nombreux. Il peut parfois être difficile de s’y retrouver, mais ce gros roulement et l’abondance de génétiques ont permis d’avoir accès à des hybrides plus performants. Depuis 50 ans, ces nouveaux hybrides ont amené des gains de rendement d’environ 1,5 % par an. Pour demeurer concurrentiels, les producteurs doivent suivre le rythme. Si vous êtes moins à l’aise à semer de pleins champs de nouveautés, vous pouvez essayer des hybrides de la relève en bandes côte à côte avec vos hybrides préférés, ou en mini-parcelles à l’intérieur de vos champs. Vous constaterez ainsi que la plupart du temps, les nouveautés sont meilleures que leurs prédécesseurs.

 

Minimiser l’impact climatique

Un défi de tous les jours en tant que producteur agricole est la gestion de la température. La meilleure façon de gérer les risques climatiques et de protéger votre rendement moyen est de varier les maturités des variétés choisies. La règle des 20 – 60 – 20 est à préconiser. Pour connaître les zones de maturités de vos champs, la meilleure référence est La Financière Agricole du Québec. Une fois la zone de maturité connue, il est recommandé de semer 20% des superficies de votre ferme avec des hybrides d’au moins 100 UTM de moins que la zone, 60% avec des hybrides de la zone et 20% avec des hybrides d’au moins 100 UTM de plus que la zone. Ainsi, on parvient à éliminer une partie du risque climatique de l’équation.

 

Floraison hâtive vs floraison tardive ?

Souvent, la question qu’on entend est : que dois-je semer sur ma ferme pour avoir le plus de rendement, une floraison hâtive ou tardive ? Il est bon de jouer sur les 2 tableaux. Lors d’une saison courte, l’hybride de floraison hâtive sera avantagé, tandis que l’hybride de floraison tardive performera mieux lors d’une saison longue. La météo est importante durant toute la phase de croissance végétative de la culture, mais la période critique est la pollinisation. Les soies de maïs sont très fragiles et sont composées à 90% d’eau, donc la chaleur et les précipitations sont déterminantes au moment de leur sortie. Encore une fois, répartir les risques en allongeant cette période sera la meilleure décision pour s’assurer d’une pollinisation optimale sur l’ensemble des champs. 

 

Sélectionner en fonction de votre régie et du potentiel de vos champs

Il faut toujours choisir vos hybrides en fonction de votre ferme et de votre régie et non en copiant le voisin sous prétexte que sa situation est similaire… peut-être que le type de sol et vos méthodes de travail de sol sont semblables, mais sa fertilisation exacte et ses populations peuvent être différentes, tout comme l’historique des cultures ou des maladies dans ses champs. Basez vos choix d’hybrides en fonction de vos types de sol, du potentiel de rendement de chaque champ, et en tenant compte de tous les autres facteurs pouvant influencer la performance d’un hybride, tels que : pH, drainage, précédents culturaux, etc. Dans les champs à haut potentiel, un hybride très performant, style cheval de course, sera le bon choix. Dans des conditions plus difficiles et des champs à moins bon potentiel, l’hybride plus défensif (cheval de trait) sera le bon choix. Il peut être justifié de faire l’emploi d’un fongicide si l’hybride a une bonne réponse aux fongicides et que le potentiel du champ est au rendez-vous année après année. De plus, si un hybride est ensemencé sur un retour de maïs, pour éviter l’apparition de maladies foliaires pouvant diminuer le rendement, une application de fongicide est un investissement rentable. Protéger le potentiel de rendement est une assurance- maïs.

 

Semer plusieurs hybrides

Dépendamment de votre superficie, il est recommandé de semer 3 hybrides de valeur sûre ou plus sur la même ferme. Les hybrides réagiront différemment selon l’année, et en ne mettant pas tous vos œufs dans le même panier, vous répartissez ainsi les risques et maximisez le rendement global de la culture. Avec cette diversité, vous aurez : différentes génétiques de potentiel de rendement, différents moments de floraisons, différentes tolérances/résistances aux maladies, différents systèmes racinaires, différentes dates de récolte & humidité et différents poids spécifiques. Bref, plus de probabilités, année après année, d’avoir un niveau de satisfaction et une rentabilité accrus.

 

Attention à l’interprétation des résultats de parcelles

Durant les récoltes, on entend toutes sortes de données de rendements pouvant laisser place à l’interprétation et aux questionnements. Ne vous laissez pas influencer facilement, faites des choix pour vous, en fonction de vos besoins et critères recherchés. Choisissez des hybrides qui ont performé au champ et dans les parcelles au cours des 2 dernières saisons. Idéalement, basez-vous sur un minimum de 10 à 20 résultats sur les 2 années antérieures afin de tirer des conclusions statistiquement valables. Trop souvent, le choix est basé sur une parcelle et une saison.

Vous constaterez, à la lumière des quelques points-repères soulevés dans cet article, que choisir ses hybrides de maïs n’est pas chose facile, mais que ce choix peut avoir des impacts économiques substantiels pour votre entreprise. Alors, cette année, lorsque vous choisirez vos hybrides à ensemencer pour le printemps prochain, ayez en tête ces quelques points agronomiques. Ne semez pas une année en arrière au printemps 2018 !


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