Chanvre industriel

Lorsque l’on évoque le chanvre par les temps qui courent, c’est surtout au cannabis récréatif ou médicinal que l’on pense, puisque le sujet est amplement couvert dans l’actualité. Toutefois, le chanvre présente bien d’autres propriétés fort avantageuses lorsqu’utilisé au niveau industriel.

Contrairement à son cousin, communément appelé cannabis, le chanvre industriel contient moins de 0,3% de THC, le tétrahydrocannabinol. Seuls les cultivars officiellement inscrits sur la Liste des cultivars approuvés par Santé Canada sont considérés comme du chanvre industriel et autorisés pour la culture commerciale. C’est la concentration en THC, le fameux composé aux propriétés psychoactives et relaxantes, qui est à la base de l’aspect récréatif ou médical de la plante. Ce n’est donc pas son contenu chimique qui rend le chanvre industriel intéressant, mais bien les caractéristiques physiques de sa tige.

Historiquement, les premiers colons le cultivaient pour la résistance exceptionnelle de ses fibres. On en confectionnait les voiles des bateaux de l’époque et des cordages ultra résistants. Toutefois, les difficultés d’implantation de cette culture en Nouvelle-France ont fait qu’elle a rapidement été remplacée par d’autres cultures, tel que le lin. Avec le temps et la venue de l’ère industrielle, on a préféré d’autres matières au chanvre, jugées plus économiques, dans la confection des objets utilitaires. L’essor récent de l’économie verte, associé à la conscientisation grandissante pour le respect de l’environnement, favorisent un retour aux sources par la valorisation des matières végétales dans les processus industriels.

Une culture alternative aux défis surmontables

Cette culture était interdite au Canada, à l’instar de plusieurs autres pays, depuis les années 1930. Elle fut toutefois réintroduite dans le paysage agricole canadien en 1998, à la suite de changements législatifs, selon lesquels sa culture est autorisée sous réserve d’obtenir d’abord un permis de Santé Canada. Si les démarches sont, somme toute, assez simples, il faut tout de même y penser et s’y prendre un peu d’avance… Jusqu’à 60 jours ouvrables d’attente peuvent être nécessaires suivant le dépôt du formulaire avant l’émission de la licence. C’est surtout l’ouest canadien qui se démarque pour la culture du chanvre industriel, principalement pour la production du grain, avec des surfaces variant annuellement entre 30 000 et 50 000 hectares.

Selon le Guide de production du chanvre (*), voici les quatre facteurs d’importance au niveau de la régie qui favoriseront le succès de cette culture :

Une bonne structure de sol et un bon égouttement : Les semences et les jeunes plantules, jusqu’au stade 3e-4e paires de feuilles, sont très sensibles à l’accumulation d’eau. Les champs bien drainés et dont la structure permet un égouttement de surface efficace, sont à privilégier. Dans le cas inverse, la germination sera réduite et la levée inégale. Le système racinaire du chanvre n’étant pas très puissant, sa croissance peut être limitée dans les sols lourds ou mal structurés, même si ceux-ci sont drainés.

Antécédents culturaux : Considérant son faible système racinaire, le chanvre performera mieux sur un retour d’engrais vert ou de prairie, bénéficiant ainsi d’une meilleure structure de sol, en plus d’un apport d’azote par le précédent cultural.

Faible pression de mauvaises herbes : Il y a peu d’herbicides homologués pour cette culture et comme le chanvre a une implantation relativement lente, il est préférable de privilégier un champ avec une faible pression de mauvaises herbes. Le seul herbicide actuellement homologué pour la culture du chanvre (grain et paille) est le ASSURE II et ce dernier ne contrôle pas les feuilles larges (veuillez vous référer à l’étiquette du produit).

Il faut aussi apporter une attention particulière aux herbicides résiduels utilisés l’année précédente, car le chanvre est sensible à ce niveau.

Un pH optimal : Bien que des rendements corrects puissent être obtenus sur des sols de pH 6, il est fortement recommandé de faire des correctifs de chaulage avant le semis pour atteindre un pH eau d’au moins 6,5 et assurer ainsi une bonne germination et des rendements optimaux.

Au niveau de la fertilisation, le chanvre répond davantage à la fertilité globale et aux bonnes conditions de sols, qu’à la fertilisation azotée seulement. Les rendements seront réduits, voir médiocres, si le sol est mal structuré, compact et avec un égouttement déficient, même si l’apport d’azote est adéquat. Selon l’usage de la récolte, on verra à adapter la fertilisation. Au niveau des besoins en azote, le chanvre nécessite un apport entre 90 kg et 150 kg de N/ha selon qu’il est cultivé pour le grain seulement, ou produit pour la paille et le grain (double usage). Il est recommandé de fractionner l’apport total en deux applications : 50 % au semis et 50 % au stade de 3e -4e paires de feuilles. Pour les autres éléments, il est recommandé de suivre les références en fertilisation du CRAAQ pour le blé de printemps, selon les résultats d’analyses de sol.

Pour l’instant, il n’y a pas d’incidence majeure au niveau des maladies ou des insectes pour la culture du chanvre. Les bonnes pratiques culturales demeurent toutefois de mise.

 

Marchés

Actuellement, les marchés pour les produits de la récolte du chanvre industriel sont en développement. Le secteur du grain est de loin le plus organisé en ce moment. Bien qu’ils se retrouvent principalement dans l’ouest canadien, le Québec compte tout de même quelques acheteurs, dont deux transformateurs de grains produits en régie biologique. Provenant de la paille, on retrouve ensuite deux coproduits, soit la fibre et la chènevotte. Le défibrage, qui constitue la première transformation mécanique des pailles, permet de séparer la fibre, située sur le pourtour extérieur de la tige, de la chènevotte, située au centre. Il y a une demande croissante, quoiqu’encore timide, de l’industrie du textile pour l’utilisation de la fibre issue du chanvre. Pour sa part, la chènevotte peut être utilisée comme litière pour les animaux, comme paillis, ou comme composante pour certains matériaux de construction (agent structurel du béton, isolant, etc.). Enfin, la poussière issue du conditionnement peut être granulée et utilisée dans la confection de différents produits d’usage courant.

Agrofibres inc.

Le 20 décembre 2017, était annoncée la création d’Agrofibres inc., issue d’un partenariat entre quatre Agrocentres (Lanaudière, St-Pie, St-Hyacinthe et Vinisol) et Gestion KFY inc. L’entreprise opère une usine à Lavaltrie et compte développer la filière chanvre industriel, notamment en poursuivant le volet recherche et expérimentation en partenariat avec différents collaborateurs dont Lanaupôle fibres, maillon important du secteur de la fibre végétale au Québec.

L’usine d’Agrofibres compte plusieurs équipements spécialisés, la plupart en provenance de l’Allemagne, qui permettent le défibrage des tiges et le conditionnement de la fibre et de la chènevotte. Pour assurer l’approvisionnement, des ententes sont signées avec des producteurs de partout au Québec. Pour s’assurer des conditions gagnantes, Agrofibres propose un modèle d’affaire basé sur une relation étroite avec les producteurs. Ainsi, Agrofibres offre un accompagnement tout au long du processus de production. Les producteurs sont guidés au travers les démarches pour la demande de licence, ils ont accès à des semences de qualité dans un grand choix de cultivars, bénéficient de conseils et d’un suivi agronomique du semis jusqu’à la récolte, et le cas échéant, Agrofibres joue également le rôle d’intermédiaire entre les producteurs et les acheteurs de grains.

Pour la récolte de 2018, des ententes ont été convenues avec plusieurs producteurs, de sorte qu’il sera possible d’expérimenter le procédé et d’identifier des nouveaux débouchés pour les divers produits de la fibre et de la chènevotte.

(*) : Guide de production du chanvre : www.agrireseau.net/documents/97687/chanvre-industriel-guide-pour-la-production-en-regie-biologique-et-conventionnelle


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