Des mélanges pour vos arrosages? Oui, mais...
Au cours de l’été 2020, l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) de Santé Canada a publié un projet de directives sur l’étiquetage des mélanges en cuve. L’objectif de ce document était de clarifier et de consolider les instructions servant à l’étiquetage des mélanges autorisés de produits de phytoprotection. Ces directives ont pris effet le 20 décembre 2025. Cela signifie que les compagnies de phytoprotection doivent inscrire sur les étiquettes de leurs produits des instructions concernant les mélanges en réservoir faits à la ferme. Pour qu’un mélange en cuve soit permis, l’étiquette de chacun des produits mélangés doit inclure soit une mention explicite des produits autorisés (par exemple le produit X peut être mélangé en cuve avec le produit Y), ou l’énoncé général de l’étiquette qui permet le mélange en cuve. En plus de l’énoncé général, les compagnies peuvent ajouter des directives d’exclusion si le mélange de certains produits avec le leur est déconseillé. Par exemple, sur l’étiquette du fongicide Nova, un énoncé général indique que les mélanges en cuve sont permis, mais un peu plus bas il y a un avertissement pour une catégorie de produits : “Les produits à base de cuivre mélangés au fongicide Nova réduisent l’efficacité du fongicide. »
Voici un tableau résumé des mélanges permis selon les énoncés présents sur les étiquettes des produits:
(source : Étiquetage des mélanges en cuve - Document d’orientation de l’ARLA 2025)

Les mélanges en cuve sont très utiles, surtout pour économiser des passages aux champs mais aussi parce qu’ils peuvent parfois accroître l’efficacité des produits mélangés ; comme c’est le cas avec certains fongicides qui travaillent en synergie lorsqu’ils sont mélangés. Cependant, en plus des nouvelles directives de mélanges, certains principes ne doivent pas être oubliés afin d’assurer le maximum d’efficacité des produits et/ou de minimiser les dommages aux cultures.
Le premier aspect à vérifier est la qualité de l’eau utilisée pour les applications. La majorité des produits performent moins bien en solution très alcaline (pH au-dessus de 8), certains requièrent même un pH acide (sous 6). D’autres, comme le glyphosate, contiennent des ingrédients actifs qui sont fixés (désactivés) par les minéraux contenus dans l’eau. Tester l’eau des différentes sources utilisées pour les arrosages est donc un bon réflexe afin d’identifier si vous avez besoin d’ajouter un adjuvant correcteur avec les produits sensibles.
De par leur composition, certains produits de phytoprotection sont antagonistes et ne devraient pas être mis en contact. Les herbicides du groupe 1 (Clethodim 360EC) par exemple, peuvent perdre en efficacité ou engendrer des brûlures à la culture selon le produit avec lequel ils sont mélangés. L’étiquette du Clethodim 360EC indique d’ailleurs clairement que les mélanges en cuve sont interdits sauf ceux inscrits sur l’étiquette.
Les produits de phytoprotection de type EC (concentré émulsifiable) sont généralement formulés à base d’huiles. L’huile a comme effet de dissoudre la cuticule cireuse des feuilles pour augmenter l’absorption de la matière active. Cependant, lors de mélanges en cuve avec ces produits, les autres éléments du mélange pénètrent également plus vite dans la plante, ce qui n’est pas toujours souhaitable, car certaines molécules créent un stress aux cultures si l’absorption est trop rapide. L’étiquette du fongicide Fontelis en est un bon exemple : sous la section MÉLANGES EN RÉSERVOIR, on peut lire : « Le Fongicide Fontelis contient de l’huile minérale. Si vous faites un mélange en réservoir avec des produits sensibles à l’huile (par exemple, le captane et le soufre), assurez-vous de lire et observer les restrictions sur leurs étiquettes respectives. » De plus, le mélange de 2 produits contenant de l’huile décuple l’effet sur la cuticule, augmentant grandement les risques de brûlure.
L’ajout de fertilisants foliaires à la bouillie est également une pratique très courante. Dans cette même édition, on vous présente la gamme de fertilisants foliaires d’Agro-100 et leur technologie OP. Cette technologie inclut 3 biostimulants qui aident les cultures sur plusieurs facettes. Plusieurs études démontrent que l’application foliaire d’un fertilisant avec certains biostimulants augmente le transport des éléments nutritifs dans les plantes créant une augmentation de rendement et/ou de qualité. Cependant, certains produits fertilisants ne sont pas compatibles. Souvent leur formulation crée des réactions lorsqu’ils sont mélangés, ce qui peut engendrer la formation de cristaux qui bouchent les filtres du pulvérisateur. Par exemple, dans la gamme Agro-100, l’Agro-B OP mobilité (4-0-0 10%Bore) est incompatible avec le Kali-T OP (2-0-24 9%Silicate), mais peut être mélangé avec le Spécial K OP (0-0-24 1%Bore). Ce sont 2 produits apportant du potassium, cependant leurs compositions sont très différentes, ce qui engendrent ces contraintes. Il est donc très important de vérifier la charte de compatibilité ou de questionner son conseiller avant d’effectuer un mélange de fertilisants.
Lors de la préparation du mélange,
l’ordre d’incorporation des produits est primordial. Les mêmes produits ajoutés dans le désordre peuvent engendrer de très grandes réactions chimiques. Les produits solides doivent être complètement dissous avant l’ajout du produit suivant. La température de l’eau est donc un élément à considérer dans le temps de préparation, car en eau froide, la dissolution sera plus lente. Voici le fameux WAMLEGS qui doit être respecté pour tous les mélanges. Après avoir rempli le réservoir d’eau à mi-hauteur, ajouter les différents produits dans cet ordre, en agitant, puis terminer le remplissage d’eau :
1. Conditionneur d’eau
2. Sachets/sacs hydrosolubles – AGITER jusqu’à dissolution complète
3. Granulés dispersables dans l’eau – AGITER jusqu’à dissolution complète
4. Poudre mouillable – AGITER jusqu’à dissolution complète
5. Concentré en suspension aqueuse (base d’eau)
6. Concentrés hydrosolubles
7. Concentrés en suspension à base d’huile (Concentrés émulsifiables)
8. Adjuvants, surfactants, huiles, engrais soluble, engrais liquide, retardateurs de dérive
De plus, toute bouillie préparée doit être appliquée rapidement, car les matières actives en suspension peuvent se déposer et réagir entre elles vu leur concentration dans le fond du réservoir. Si une bouillie doit attendre un peu avant son application, une agitation devrait toujours être maintenue, mais aucun mélange dans le réservoir de pulvérisation ne devrait être entreposé pour la nuit.
Au courant de la saison, vous faites presque quotidiennement des mélanges en cuve afin d’économiser du temps et des passages au champ. Cependant, une erreur peut engendrer une réaction dans le réservoir et nécessiter un nettoyage qui prendra du temps, alors que vous cherchiez justement à en gagner. Un même mélange peut engendrer des dommages sur des cultures dites sensibles (laitue, fraise, courge, etc.) mais très bien passer sur des cultures plus tolérantes. Lisez bien les étiquettes et questionnez votre conseiller afin de vous assurer de la légalité et de la sécurité du mélange souhaité. Votre conseiller Agrocentre sera très heureux de vous aider !









