Les produits de phytoprotection, de la planification à l'entreposage

Nadia Fournier, TP, conseillère Agrocentre Fertibec inc. • 23 mars 2026

Ces dernières années, il est de plus en plus fréquent de faire face à des ruptures de stock de certains produits de phytoprotection au cours de la saison de production. Pour la plupart, ces manques surviennent à la suite d’événements météorologiques extrêmes et imprévisibles, plus fréquents avec le réchauffement climatique, et parce que les inventaires sont généralement plus limités chez les fournisseurs.


Rappelez-vous que ces compagnies doivent prévoir les quantités à produire jusqu’à un an à l’avance, en considérant les besoins d’acheteurs de différents endroits sur la planète, et en tenant compte des périodes d’application, des formulations ou des règlementations qui peuvent différer d’un pays à l’autre. Certains produits reviendront sur la chaîne de production 3-4 fois dans une année alors que d’autres ne seront produits qu’une seule fois, la totalité des quantités prévues, sans possibilité de redémarrer une production à un autre moment. Les manufacturiers doivent intégrer le tout dans un horaire de production qui doit être respecté pour que l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement performe bien.


Qu’est ce que vous pouvez faire de votre côté afin de mieux planifier vos besoins en produits de protection des cultures ?
Les aléas de la météo entraîneront toujours des imprévus qu’il faudra gérer au cas par cas,mais faire un sommaire des produits utilisés au cours des 3 dernières années, mis à jour annuellement, serait certainement un bon point de départ afin d’aider à la planification. Nous vous suggérons également de garder l’esprit ouvert face aux nouveaux produits qui font leur apparition sur le marché ; les inclure à petite échelle dans votre régie vous permet d’apprendre à travailler avec ceux-ci et lorsque certains produits sont retirés ou tout simplement non disponibles, il y a des alternatives que vous êtes à l’aise d’utiliser. Avant chaque début de saison, il serait aussi important de revalider directement sur le site internet des fournisseurs les étiquettes des produits utilisés ou potentiellement utilisés sur la ferme. Il est aussi recommandé de le faire en cours de saison, avant l’utilisation, afin d’éviter des mauvaises surprises. L’étiquette publiée sur le site des fournisseurs prédomine toujours sur celle qui est sur le contenant qui peut dater de plusieurs années. À la fin de chaque saison, il serait bien de faire une rétrospective en essayant d’évaluer les problèmes de contrôle des insectes ou des maladies rencontrés pendant la saison, en se questionnant sur les raisons possibles de ce moins bon contrôle ? Voici quelques pistes de réflexion : volume de bouillie appliquée, qualité de l’eau d’arrosage, mauvais timing, stade de l’insecte, choix de produit, adjuvant, température. Ces observations permettront d’améliorer la planification pour le prochain cycle de culture.


L’entreposage sur la ferme ? Oui, mais à certaines conditions...
Certains d’entre vous seront tentés de se bâtir un inventaire afin d’éviter les pénuries de produits en cours de saison. Vous devrez rester vigilant car plusieurs règles s’appliquent à l’entreposage de pesticides. Tout d’abord, certaines distances sont à respecter entre le lieu d’entreposage et toutes sources d’eau (puits, lacs, milieux humides, etc.) et ces distances varient selon la source d’eau présente. Les pesticides doivent être entreposés dans un endroit où aucun paramètre (température, humidité, précipitation) ne peut altérer le pesticide (valider avec les fiches signalétiques de chacun des produits), son contenant ou son étiquette. Les quelques règles qui suivent sont souvent sous-estimées ou tout simplement méconnues de la part des producteurs agricoles. En effet, lorsque vous entreposez une quantité égale ou supérieure à 1000 litres ou à 1000 kg de pesticides sur une période de plus de 15 jours consécutifs, vous devez le faire dans un endroit avec un aménagement de rétention. Ce qui signifie que cet endroit doit être aménagé de sorte à pouvoir retenir toute fuite ou déversement de pesticides et rendre possible la récupération de l’entièreté du produit écoulé. L’aménagement peut consister en un plancher, une plate-forme ou un bassin étanche. La capacité de rétention doit être suffisante pour contenir au moins la quantité du plus gros contenant entreposé dans cet endroit. À noter que la quantité maximale de 1000 kg ou 1000 L représente la somme des pesticides liquides et solides entreposés, afin de totaliser le nombre de 1000. Par exemple, 700 litres de pesticides liquides et 310 kg de produits solides totalisent 1010 ce qui est supérieur à la limite permise sans aménagement de rétention.



Les pénuries de produits feront malheureusement partie de votre quotidien et il faudra apprendre à s’adapter à cette réalité. La planification sera un outil important dans le futur afin d’évaluer vos besoins à long terme et considérer avoir un certain inventaire de produits tout en étant conformes aux lois régissant l’entreposage des pesticides.


par Mégane Daneau, agrocentre Lanaudière inc. 23 mars 2026
Les décisions à prendre en saison sont de plus en plus importantes, dans des conditions de production plus restrictives et un contexte économique serré. Entre la gestion des champs et les engagements personnels, le temps disponible est limité et les fenêtres d’intervention se resserrent, ce qui demande davantage de précision. Il devient donc essentiel de s’appuyer sur des outils d’aide à la décision pour bien planifier les interventions. Chez Agrocentre, nous mettons de l’avant le dépistage comme complément au suivi des cultures, qu’il soit réalisé par nos dépisteurs ou en collaboration avec le producteur et ses employés. Le dépistage consiste à observer et identifier les symptômes ou les dommages causés par différents facteurs nuisibles. Il vise également à suivre et évaluer les conditions du champ et de la culture afin de mieux comprendre leur évolution. Que le suivi soit réalisé par le producteur, un conseiller ou un dépisteur, il est effectué de façon répétée en saison et sa fréquence peut varier selon les besoins et les périodes critiques. La méthode de dépistage s’adapte aussi au stade de la culture. Par exemple, dans la carotte, l’observation des mauvaises herbes est plus soutenue du début de la levée jusqu’à la fermeture des rangs, période durant laquelle la culture est plus sensible aux herbicides et où le choix du traitement doit être fait avec rigueur. Les outils disponibles sur les réseaux d’information permettent également d’anticiper certaines périodes de forte pression des ravageurs, en fonction des variations de température, de l’activité des insectes bénéfiques ou du stade de développement de la culture. Ces informations, combinées aux observations terrain, contribuent à mieux positionner les interventions. Puisque le professionnel qui recommande un traitement doit bâtir une justification et même produire une prescription pour certains produits, consigner l’historique des champs devient primordial. Rapports, notes et photos constituent des outils précieux pour documenter les décisions prises. À l’Agrocentre, l’utilisation de la plateforme AgConnexion permet de structurer les rapports de dépistage et de centraliser les recommandations partagées entre le conseiller et le producteur. La valeur du dépistage se reflète dans une meilleure gestion du temps et des investissements de l’entreprise agricole. Il permet de prioriser les dépenses existantes, de protéger le rendement et d’éviter des interventions inutiles ou mal positionnées. L’historique des observations et des décisions facilite également la planification, en réduisant les allers-retours au champ et les risques liés à des interventions improvisées. En conclusion, les conditions environnementales et réglementaires obligent les entreprises agricoles à s’adapter continuellement aux besoins des cultures et aux normes encadrant l’utilisation des fertilisants et des pesticides. Le dépistage demeure un appui concret à la gestion des cultures, permettant d’optimiser les interventions afin de protéger le potentiel de rendement, la rentabilité et l’environnement. 
par Audrey Vernier, TP, DTA, Directrice des ventes corporatives Agro-100 23 mars 2026
par Éliane Lauzon-Laurin, TP, conseillère Agrocentre Lanaudière inc. 23 mars 2026
Au cours de l’été 2020, l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) de Santé Canada a publié un projet de directives sur l’étiquetage des mélanges en cuve. L’objectif de ce document était de clarifier et de consolider les instructions servant à l’étiquetage des mélanges autorisés de produits de phytoprotection. Ces directives ont pris effet le 20 décembre 2025. Cela signifie que les compagnies de phytoprotection doivent inscrire sur les étiquettes de leurs produits des instructions concernant les mélanges en réservoir faits à la ferme. Pour qu’un mélange en cuve soit permis, l’étiquette de chacun des produits mélangés doit inclure soit une mention explicite des produits autorisés (par exemple le produit X peut être mélangé en cuve avec le produit Y), ou l’énoncé général de l’étiquette qui permet le mélange en cuve. En plus de l’énoncé général, les compagnies peuvent ajouter des directives d’exclusion si le mélange de certains produits avec le leur est déconseillé. Par exemple, sur l’étiquette du fongicide Nova, un énoncé général indique que les mélanges en cuve sont permis, mais un peu plus bas il y a un avertissement pour une catégorie de produits : “Les produits à base de cuivre mélangés au fongicide Nova réduisent l’efficacité du fongicide. » Voici un tableau résumé des mélanges permis selon les énoncés présents sur les étiquettes des produits: (source : Étiquetage des mélanges en cuve - Document d’orientation de l’ARLA 2025)
par Caroline Turcotte, t.p., conseillère, Agrocentre Lanaudière inc. 3 mars 2026
L’apport d’azote dans la culture du maïs est l’un des facteurs les plus importants pour avoir de bons rendements. Avec le coût élevé des fertilisants, voici quelques options pour « pimper » votre passage de solution azotée 32% et en tirer un maximum de profit ! L’ajout d’un protecteur d’azote tel que le Tribune™ vous permettra de réduire les pertes dues à la volatilisation, la dénitrification et le lessivage. Les deux ingrédients actifs qu’il contient procurent une protection accrue de l’azote au-dessus comme en dessous du sol ce qui signifie plus d’azote assimilable pouvant être utilisé par la plante. Des études démontrent des augmentations de rendements allant de 300 kg à 800 kg par acre, selon la dose d’azote appliquée, avec l’utilisation du Tribune™ par rapport au témoin non traité. Protéger chaque gallon appliqué, un investissement rentable ! Le soufre est un élément important pour la synthèse des protéines, la production de chlorophylle et le métabolisme de l’azote. Le maïs requiert environ un kilogramme de soufre par 11 kilogrammes d’azote prélevés, donc environ 22 kg de soufre pour 240 kg/ha d’azote absorbés* tout au long de la saison pour un rendement de maïs de 12 tm/ha. L’ajout de thiosulfate (12-0-0 26S) à raison de 10% à la solution azotée en post levée, améliore l’efficacité de l’azote appliqué et peut permettre d’augmenter les rendements du maïs, surtout dans les sols sableux, avec peu de matière organique. Le bore est aussi un élément qui peut être ajouté dans la solution 32. C’est un élément mineur requis en plus petite quantité (un rendement de 12 tm/ha de maïs prélève 560 gr/ha de bore*), mais qui est néanmoins crucial pour le métabolisme des glucides, la synthèse des protéines, le transport du calcium et des sucres, et une bonne pollinisation. Sur votre analyse de sol, un taux inférieur à 0.7 ppm de bore indique une carence/un faible niveau. Il est fréquent que le bore soit insuffisant, surtout dans les sols sablonneux ou avec peu de matière organique. L’ajout de Nitro-B 10%, un produit d’Agro-100, permet de fournir suffisamment de bore à la plante lorsqu’il est appliqué à une dose de 1.5 L/ac. Les résultats moyens de 12 essais menés de 2019-2021 ont permis de déterminer un avantage de plus de 50$/ac lorsque du bore est ajouté. Finalement, l’ajout de biostimulants est aussi une excellente option pour maximiser son passage de solution azotée en post-levée. Il y en a une multitude ! Les biostimulants à base d’acides humiques et fulviques par exemple, améliorent la disponibilité et l’absorption des nutriments, stimulent l’activité des microorganismes et favorisent la croissance racinaire. Nous offrons plusieurs produits dans cette catégorie de biostimulants, tels que le Nitro-C C-Plex d’agro-100, l’Hydra-Hume d’Helena, l’OPSORBA ou l’INICIUM LC, d’Organic Ocean. Ce dernier est un mélange d’acides humiques, fulviques, d’éléments fertilisants et d’extraits d’algues, qui permettent en plus d’améliorer la résistance aux stress. En mélange dans le 32-0-0, les acides humiques et fulviques aident à stabiliser la forme ammonium (NH4+) dans le sol et ralentissent la conversion en nitrate (NO3-), ce qui peut réduire les risques de pertes par lessivage et dénitrification. Il est également possible d’opter pour l’ajout d’un biostimulant contenant des bactéries du genre Bacillus, tel que le BioPath® de Mosaic. Les bactéries solubilisent le phosphore fixé dans le sol et améliorent ainsi sa disponibilité et son absorption par la culture, ainsi que celles d’autres éléments fertilisants. Selon des essais menés par Agrocentre en 2024, le BioPath® a permis d’obtenir un revenu additionnel de plus de 20$/ac. Un très large éventail de produits est offert pour optimiser le passage de la solution azotée 32%. Cela peut sembler compliqué d’y voir clair, mais il s’agit seulement de choisir le bon produit selon les besoins de vos champs. Il est évident qu’en premier lieu il faut s’assurer de fournir les éléments fertilisants nécessaires aux cultures en fonction des analyses de sol, et ensuite les protéger pour qu’ils demeurent assimilables par les plantes. Contactez votre conseiller pour en savoir plus et faire le bon choix !  *Les prélèvements indiqués dans cet article proviennent des données de l’application Fertilizer Removal by Crop de AgPhD
par Catherine Faucher, agr. conseillère technique et marketing, Réseau Agrocentre 3 mars 2026
Le genre Bacillus, un groupe très diversifié de bactéries, compte plus de 140 espèces, dont certaines jouent un rôle clé dans la transformation du phosphore du sol grâce aux phosphatases et aux acides organiques qu’elles produisent. Pour cette raison, différents Bacillus se retrouvent dans la composition de biostimulants microbiens qui ont comme fonction d’améliorer la disponibilité du phosphore dans le sol et le prélèvement de plusieurs nutriments par les cultures. Lors de l’utilisation de ces biofertilisants, on observe un meilleur développement racinaire, et une plus grande quantité d’azote, de phosphore, de potassium et de micronutriments dans les tissus végétaux. C’est l’exploration d’un plus grand volume de sol par un système racinaire plus développé, combinée à une meilleure disponibilité de nutriments clés, qui font en sorte que les plantes en prélèvent davantage .Une meilleure utilisation des éléments fertilisants augmente le potentiel de rendement, et la profitabilité. Certaines compagnies ont choisi de commercialiser des produits qui contiennent des enzymes plutôt que les bactéries qui les produisent. Ils permettent de solubiliser les phosphores fixés dans le sol, et auraient comme avantage d’être immédiatement efficaces dès l’application et de façon constante jusqu’à 60 jours. Ces produits sont idéalement appliqués le plus tôt possible en saison, près de la semence ou du système racinaire, pour en tirer un plein bénéfice. On peut s’attendre à des résultats positifs dans plusieurs cultures, mais le maïs, le blé et les pommes de terre répondent particulièrement bien. Les biostimulants à base de Bacillus ou d’enzymes sont offerts en formulations et modes d’application variés, ce qui permet une grande flexibilité d’utilisation. Certains s’appliquent en traitement de semences, d’autres en imprégnation sur les fertilisants granulaires, en mélange avec les démarreurs liquides ou les produits de protection des cultures, ou encore en application en post levée avec la solution azotée 32%.  Vous êtes intéressé à en savoir plus ? Contactez votre conseiller Agrocentre sans tarder.
par Catherine Faucher, agr. conseillère technique et marketing, Réseau Agrocentre 3 mars 2026
Les fertilisants sont des intrants importants en production végétale, autant pour l’obtention de bons rendements que pour la qualité des récoltes. Ils représentent toutefois un poste de dépenses non négligeable, et peuvent devenir une source de pollution de l’eau et de l’air. La gestion des nutriments selon le principe 4B vise une meilleure utilisation des matières fertilisantes afin de maximiser la quantité produite pour chaque unité de nutriments appliqués, tout en diminuant les pertes dans l’environnement. Les 4B, qu’est-ce que c’est ? Et bien le concept est simple : appliquer la bonne source de nutriments à la bonne dose, au bon moment et au bon endroit . La mise en œuvre est axée sur le savoir et la science, et est propre à chaque site. Le point de départ est l’échantillonnage de sol, pour connaître la teneur en nutriments, et l’évaluation de la santé des sols, afin de déterminer leur capacité à rendre ces nutriments disponibles pour les cultures. Ces informations seront utiles pour déterminer les bonnes doses de fertilisants à appliquer, qui peuvent varier d’un champ à l’autre et même à l’intérieur d’un même champ. Au niveau du bon endroit, les éléments peu mobiles, ou qui sont susceptibles d’être perdus dans l’environnement, ont avantage à être appliqués en bandes près des racines. Le bon moment peut varier selon la culture ou des contraintes logistiques à la ferme, mais le principe de base est de synchroniser au mieux les apports avec les périodes de forts prélèvements par les cultures. On le constate surtout au niveau de l’azote : les nitrates disponibles, qui ne sont pas utilisés par les plantes, sont fortement à risque d’être perdus dans l’environnement. Finalement, on adaptera le choix du produit en fonction des autres B, puisque la dose appliquée, le placement et le moment d’application influencent la source de fertilisant qui devrait être privilégiée.  Au Québec, c’est Réseau Végétal Québec qui est responsable du déploiement et du rayonnement de la gestion des nutriments 4B, comme approche de gestion responsable des fertilisants. Les conseillers, agronomes et technologues peuvent suivre des formations et obtenir leur « attestation 4B ». Les producteurs peuvent également se former sur les principes du 4B, grâce entre autres à deux formations offertes par l’ITAQ, soient la Gestion 4B des nutriments - Grandes cultures, ou pour la pomme de terre. Toutes les informations sont disponibles à partir de la section formation continue du site de l’ITAQ.
par Catherine Faucher, agr. conseillère technique et marketing, Réseau Agrocentre 3 mars 2026
C’est dans les années 1990 que le concept d’agriculture de précision (AP) fait son apparition. L’accessibilité croissante à l’époque des systèmes de positionnement par satellites (GPS), des systèmes d’information géographique (SIG) et des technologies d’application à taux variables a permis l’émergence de ce modèle de gestion des cultures. L’agriculture de précision a pour objectifs l’augmentation de la productivité des cultures, l’amélioration de la rentabilité des entreprises et l’atténuation des risques environnementaux. Si vous intervenez pour traiter la variabilité des propriétés physiques et chimiques de vos sols et les écarts de rendement dans vos champs, vous faites de l’agriculture de précision. La pratique de l’AP se résume effectivement en trois étapes : identifier où se situe la variabilité à l’intérieur d’une parcelle, l’analyser et diagnostiquer la cause de la variabilité, et finalement, prendre action pour la gérer, dans la mesure du possible. Depuis plusieurs années, les Agrocentre proposent à leurs clients l’échantillonnage de sol par GPS. L’échantillonnage géoréférencé consiste à prélever plusieurs échantillons à des endroits précis dans le champ, choisis à l’aide de technologies telles que l’imagerie satellite, ou les cartes de rendement, qui nous permettent de cibler des zones à échantillonner. On peut aussi tracer un carrelage sur le champ (grid) et prélever un échantillon par case, à égale distance l’une de l’autre. En général, on vise à avoir une analyse de sol par hectare de champ. Dès qu’on a plusieurs résultats d’analyses de sol pour un même champ, on peut créer une carte de fertilité du sol qui illustre de manière détaillée la variabilité spatiale des différents paramètres analysés. C’est alors possible de planifier des actions qui permettront de corriger le pH, la fertilité, ou d’améliorer la structure de sol à des endroits ciblés afin d’accroître la productivité globale du champ. Résultats réels Bien qu’en théorie, tout porte à croire que l’agriculture de précision améliore réellement la productivité et la rentabilité des fermes qui l’utilisent, les résultats réels sont plus rarement mesurés. En partant du principe que l’échantillonnage de sol est effectué juste une fois par 3 à 5 ans sur une parcelle donnée, les clients qu’on accompagne depuis le début dans ce processus n’en sont qu’à leur troisième campagne d’échantillonnage géoréférencé, dans le meilleur des cas. Les améliorations et le gain d’uniformité au travers les parcelles ne sont donc pas nécessairement mesurés encore, bien que dans certains cas, on peut déjà remarquer une évolution positive des pH ou des teneurs en potassium, selon ce qu’on cherche à corriger. En étudiant au hasard certaines recommandations, on s’est aperçu que l’application de chaux à taux variable requiert en moyenne 3% moins de produit chaulant que si l’application avait été faite à une dose unique sur tout le champ, calculée avec le pH tampon moyen. C’est par contre très variable d’un cas à l’autre, et sur les 10 champs étudiés, 3 nécessitent plus de chaux à taux variable qu’à taux unique, et dans un cas en particulier, l’application à taux variable a permis d’économiser 18% de chaux. L’économie d’argent, surtout en considérant le coût supplémentaire de l’échantillonnage et des analyses géoréférencés n’est donc pas toujours garantie, mais peut également s’avérer intéressante. Toutefois, c’est en évaluant la répartition de la chaux qu’on a un meilleur aperçu de la valeur de l’AP ; un exemple démontre qu’avec un épandage à dose unique, 50% du champ aurait été sous chaulé, 30% sur chaulé et seulement 20% de la superficie aurait reçu une dose optimale. Un pH inadéquat aux endroits où la correction a été mal faite peut causer des pertes de rendement qui deviennent un « coût » important relié à la gestion conventionnelle.  Les producteurs qui commencent l’échantillonnage par GPS et les applications à taux variables le font souvent avec la chaux, pour la correction du pH. Dans certains cas, 2 produits chaulant différents sont recommandés dans le même champ, pour leur teneur spécifique en potassium ou en magnésium. En effet, les analyses géoréférencées nous permettent de tenir également compte de la variabilité d’autres paramètres de l’analyse, comme les teneurs et les saturations des différentes bases (K, Ca, Mg), lors de la recommandation de chaulage. Puis au fur et à mesure que l’AP entre dans les mœurs, il est possible de gérer d’autres éléments, comme le potassium, à taux variables. En connaissant mieux les différentes zones de gestion du champ, et les paramètres qui les distinguent, on peut ensuite penser varier les quantités de déjections animales appliquées sur différents endroits du champ, ou ajuster les populations semées, toujours dans l’objectif de permettre à chaque section de champ de soutenir un rendement maximal de la culture. Avec le prix actuel des terres et des intrants, on entend souvent parler de la nécessité de « grandir de l’intérieur ». L’échantillonnage de sol par GPS et la gestion par zone est un bon moyen pour le faire, et c’est beaucoup plus accessible que vous pourriez le croire ! N’hésitez pas à en parler avec votre conseiller Agrocentre !
par Maurice Cadotte, agr. conseiller en grandes cultures, Agrocentre St-Hyacinthe inc. 19 septembre 2025
Le pissenlit (Taraxacum officinale) est une mauvaise herbe vivace particulièrement tenace lors d’un travail minimum du sol ou de semis direct. Grâce à sa racine pivotante profonde et à sa grande tolérance à l’hiver, il peut rapidement coloniser un champ et nuire au rendement des cultures. Le pissenlit peut entraîner des pertes de rendement significatives. Une étude menée par l’Université de Guelph a démontré des pertes pouvant atteindre 25 % dans les cultures de soya en présence d’infestations importantes. Au printemps, la circulation de la sève se fait principalement des racines vers les feuilles. Dans ces conditions, l’application d’un herbicide entraîne une destruction partielle de la partie aérienne, mais n’atteint pas efficacement les racines, ce qui limite le contrôle. • Surveillance post-récolte : Il est essentiel de dépister les champs après la récolte afin d’identifier les mauvaises herbes vivaces présentes et de planifier les interventions. • Traitement automnal : L’automne constitue la période optimale pour le contrôle du pissenlit et autres vivaces. À ce moment, la sève redescend vers les racines, ce qui favorise le transport de l’herbicide systémique jusqu’aux organes souterrains. • Application de glyphosate : Un traitement de brûlage à l’automne, après la récolte, avec du glyphosate, permet un contrôle efficace du pissenlit. Il n’est pas nécessaire de se préoccuper des stades de la culture avec cette approche ; de plus, elle facilite un démarrage de saison sans mauvaises herbes hâtives. Cette pratique réduit la dépendance à l’égard des mélanges d’herbicides complexes qui sont souvent moins efficaces au printemps, diminuant ainsi les indices de risques environnementaux (IRE) et de santé (IRS) comparativement à des traitements printaniers multiples. Bonnes pratiques complémentaires : • Hygiène des équipements : Le nettoyage rigoureux des équipements agricoles est essentiel pour limiter la dissémination des graines, bien que celles-ci puissent également se propager par le vent. • Respect de la réglementation : Toujours lire et suivre les recommandations inscrites sur l’étiquette des produits phytosanitaires, notamment en ce qui concerne les doses, les stades d’application et les conditions d’utilisation.
par Jean-Philippe Raynault, conseiller en productions végétales, Agrocentre Lanaudière inc. 19 septembre 2025
Plusieurs facteurs peuvent occasionner des pertes de quantité ou de qualité lors de la récolte. En se préparant bien et en employant de bonnes pratiques, il est toutefois possible de limiter ces pertes et faire face aux défis variés rencontrés d’une saison à l’autre ! La première étape est l’entretien et le réglage optimum des outils de récolte (batteuse, ensileuse, arracheuse, etc.). L’usure des pièces peut diminuer l’efficacité des machines et augmenter les pertes. Une formation adéquate des opérateurs est essentielle ; un opérateur bien formé repère les pièces usées qui doivent être changées, connaît les bons réglages et sait s’adapter aux conditions du champ lors de la récolte. Il est important d’ajuster la hauteur de coupe, la vitesse d’avancement et les réglages d’ouverture, de soufflerie, etc. pour maximiser la récolte et la qualité de celle-ci. Une moissonneuse-batteuse mal entretenue et mal réglée peut augmenter le pourcentage de grains cassés. Chaque grain cassé ou fendu est une porte d’entrée pour les bactéries et moisissures. Récolter à maturité optimale est aussi important pour un meilleur rendement et une meilleure qualité. Une récolte trop tardive, lorsque les grains sont beaucoup plus avancés et secs, risque d’augmenter les pertes par la chute au sol de grains devant le nez de la batteuse. En cas de pluie abondante, c’est plutôt la germination sur les plants et les maladies fongiques qui guettent les grains trop mûrs. Généralement, on suggère de récolter plus tôt que tard, même si ça implique de devoir sécher les grains. Selon l’espèce récoltée, la température et la vitesse de séchage doivent être adaptées. Sécher les grains trop rapidement à une température trop élevée peut causer une perte de poids spécifique. Un blé trop chauffé pourrait aussi brûler et perdre ses qualités pour la panification par exemple. En cas d’entreposage à long terme, il importe d’assurer un bon suivi des récoltes entreposées. Au fil des semaines, il peut y avoir d’importants changements de température et d’humidité, qui peuvent entraîner une surchauffe et/ou le développement de moisissures. Ventiler le silo au bon moment peut sauver une récolte ! Lorsque les conditions sont trop humides à la récolte, les équipements peuvent causer une compaction du sol qui pourrait affecter le rendement sur plusieurs années. À défaut de pouvoir attendre de meilleures conditions, il faut donc limiter le plus possible les passages de la machinerie. Faire passer les équipements toujours au même endroit permet de limiter la compaction sur une superficie ciblée plutôt qu’à la grandeur du champ.  En résumé, bien se préparer, connaître ses équipements, assigner les bonnes personnes aux bonnes tâches et faire un bon suivi durant les travaux et tout au long du temps d’entreposage vous permettra de maximiser la quantité et la qualité de vos récoltes !
par Jules Swennen, dta, conseiller en productions végétales, Agrocentre Farnham inc. 19 septembre 2025
Un vrai printemps de misère ! Les retards dans les épandages et les semis nous ont forcés à semer ce qu’on pouvait, et non ce qu’on voulait. Ne vous y méprenez pas, l’an prochain, on recommence ! En décembre, votre conseiller se présentera chez vous en vous rappelant qu’il est important de mettre la bonne semence au bon endroit. Vous pourriez avoir envie de lui répondre : « Je ne sais pas ce que je vais semer, ni quand, et ne me demande pas où non plus ! » Tout de même, ce printemps nous aura appris quelques leçons, et même s’il arrive que les plans changent en cours de route, ça vaut toujours la peine de prendre le temps d’en établir un. Entre les fenêtres de semis trop courtes et des champs qu’on aurait mieux fait de laisser tranquilles, le placement des biotechnologies a parfois été compromis . Des champs infestés de mauvaises herbes résistantes au glyphosate ont été semés en VT2P (caractère offrant le gène Roundup Ready), alors que des hybrides SmartStax ou LibertyLink auraient permis un meilleur contrôle en post levée. Autre exemple, un champ semé en majeure partie avec du soya Xtend, puis complété avec une variété Enlist. Résultat : moins de flexibilité, et un plus gros casse-tête lors de l’arrosage. Alors voici une proposition : tenez vous-en aux technologies que vous aurez choisies avec votre conseiller pour répondre à une ou des problématiques connues. On choisira l’hybride ensuite ! Les sceptiques seront confondus ! Qui n’est pas content d’avoir semé du blé d’automne l’an dernier ? Déjà parce que ces champs-là n’ont pas eu à être semés au printemps, mais ça va bien plus loin que ça. Les semis ont été beaucoup plus faciles sur un chaume de blé ou d’engrais vert. C’est dû au fait que ces cultures améliorent le niveau de matière organique, la structure du sol, et la capacité drainante de nos champs. Donc, une autre proposition : si ce n’est pas déjà fait, envisagez d’intégrer une céréale et des cultures de couverture à votre rotation. Les champs qui vous ont donné du fil à retordre ce printemps pourraient grandement bénéficier d’une culture d’automne. Et surtout, continuez d’envoyer des vidéos de capteurs de rendements à vos conseillers quand vous êtes contents du rendement du UGRC Ring, ils adorent ça ! Au moment d’écrire ces lignes, la disparité entre les champs de soya est frappante . Alors que dans certains, les plants sont à la hauteur des hanches, ils sont à peine plus haut que les genoux ailleurs. Pourtant, leurs stades de croissance ne sont pas si éloignés. Le soya est une plante qui s’adapte à la saison ; sa croissance n’est pas aussi rigide que celle du maïs. Cette capacité d’adaptation nous pousse à agir : plus on sème tard, plus nous devrons augmenter la population et resserrer les rangs. Un semis tardif réduit la période de croissance végétative du soya, ce qui l’empêche de développer pleinement son potentiel de buissonnement. Pour compenser, il est crucial d’accroître la population de plants par hectare et de diminuer l’espacement entre les rangs, quitte à ressortir le semoir à céréales !  En augmentant la densité de plants, on favorise une fermeture rapide du couvert végétal. Cela maximise l’interception de la lumière par la culture, permet un meilleur contrôle des mauvaises herbes et, au final, compense le moins grand nombre de branches des plants semés tardivement. L’objectif, c’est de s’assurer que, même avec une saison plus courte, le champ atteigne son potentiel de rendement optimal grâce à une densité de population adéquate. Bref, au travers de tout ça, tout le monde a survécu ! Nous avons présentement de très belles températures pour le maïs et le soya, et nous avons, pour la plupart, des magnifiques récoltes de céréales d’automne. Mais surtout, nous allons affronter 2026 avec un coffre à outils un peu mieux garni ! Bonnes récoltes !
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