Les produits de phytoprotection, de la planification à l'entreposage
Ces dernières années, il est de plus en plus fréquent de faire face à des ruptures de stock de certains produits de phytoprotection au cours de la saison de production. Pour la plupart, ces manques surviennent à la suite d’événements météorologiques extrêmes et imprévisibles, plus fréquents avec le réchauffement climatique, et parce que les inventaires sont généralement plus limités chez les fournisseurs.
Rappelez-vous que ces compagnies doivent prévoir les quantités à produire jusqu’à un an à l’avance, en considérant les besoins d’acheteurs de différents endroits sur la planète, et en tenant compte des périodes d’application, des formulations ou des règlementations qui peuvent différer d’un pays à l’autre. Certains produits reviendront sur la chaîne de production 3-4 fois dans une année alors que d’autres ne seront produits qu’une seule fois, la totalité des quantités prévues, sans possibilité de redémarrer une production à un autre moment. Les manufacturiers doivent intégrer le tout dans un horaire de production qui doit être respecté pour que l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement performe bien.
Qu’est ce que vous pouvez faire de votre côté afin de mieux planifier vos besoins en produits de protection des cultures ?
Les aléas de la météo entraîneront toujours des imprévus qu’il faudra gérer au cas par cas,mais faire un sommaire des produits utilisés au cours des 3 dernières années, mis à jour annuellement, serait certainement un bon point de départ afin d’aider à la planification. Nous vous suggérons également de garder l’esprit ouvert face aux nouveaux produits qui font leur apparition sur le marché ; les inclure à petite échelle dans votre régie vous permet d’apprendre à travailler avec ceux-ci et lorsque certains produits sont retirés ou tout simplement non disponibles, il y a des alternatives que vous êtes à l’aise d’utiliser. Avant chaque début de saison, il serait aussi important de revalider directement sur le site internet des fournisseurs les étiquettes des produits utilisés ou potentiellement utilisés sur la ferme. Il est aussi recommandé de le faire en cours de saison, avant l’utilisation, afin d’éviter des mauvaises surprises. L’étiquette publiée sur le site des fournisseurs prédomine toujours sur celle qui est sur le contenant qui peut dater de plusieurs années. À la fin de chaque saison, il serait bien de faire une rétrospective en essayant d’évaluer les problèmes de contrôle des insectes ou des maladies rencontrés pendant la saison, en se questionnant sur les raisons possibles de ce moins bon contrôle ? Voici quelques pistes de réflexion : volume de bouillie appliquée, qualité de l’eau d’arrosage, mauvais timing, stade de l’insecte, choix de produit, adjuvant, température. Ces observations permettront d’améliorer la planification pour le prochain cycle de culture.
L’entreposage sur la ferme ? Oui, mais à certaines conditions...
Certains d’entre vous seront tentés de se bâtir un inventaire afin d’éviter les pénuries de produits en cours de saison. Vous devrez rester vigilant car plusieurs règles s’appliquent à l’entreposage de pesticides. Tout d’abord, certaines distances sont à respecter entre le lieu d’entreposage et toutes sources d’eau (puits, lacs, milieux humides, etc.) et ces distances varient selon la source d’eau présente. Les pesticides doivent être entreposés dans un endroit où aucun paramètre (température, humidité, précipitation) ne peut altérer le pesticide (valider avec les fiches signalétiques de chacun des produits), son contenant ou son étiquette. Les quelques règles qui suivent sont souvent sous-estimées ou tout simplement méconnues de la part des producteurs agricoles. En effet, lorsque vous entreposez une quantité égale ou supérieure à 1000 litres ou à 1000 kg de pesticides sur une période de plus de 15 jours consécutifs, vous devez le faire dans un endroit avec un aménagement de rétention. Ce qui signifie que cet endroit doit être aménagé de sorte à pouvoir retenir toute fuite ou déversement de pesticides et rendre possible la récupération de l’entièreté du produit écoulé. L’aménagement peut consister en un plancher, une plate-forme ou un bassin étanche. La capacité de rétention doit être suffisante pour contenir au moins la quantité du plus gros contenant entreposé dans cet endroit. À noter que la quantité maximale de 1000 kg ou 1000 L représente la somme des pesticides liquides et solides entreposés, afin de totaliser le nombre de 1000. Par exemple, 700 litres de pesticides liquides et 310 kg de produits solides totalisent 1010 ce qui est supérieur à la limite permise sans aménagement de rétention.
Les pénuries de produits feront malheureusement partie de votre quotidien et il faudra apprendre à s’adapter à cette réalité. La planification sera un outil important dans le futur afin d’évaluer vos besoins à long terme et considérer avoir un certain inventaire de produits tout en étant conformes aux lois régissant l’entreposage des pesticides.








