Gestion par zone, pour une meilleure utilisation des matières fertilisantes.
C’est dans les années 1990 que le concept d’agriculture de précision (AP) fait son apparition. L’accessibilité croissante à l’époque des systèmes de positionnement par satellites (GPS), des systèmes d’information géographique (SIG) et des technologies d’application à taux variables a permis l’émergence de ce modèle de gestion des cultures.
L’agriculture de précision a pour objectifs l’augmentation de la productivité des cultures, l’amélioration de la rentabilité des entreprises et l’atténuation des risques environnementaux.
Si vous intervenez pour traiter la variabilité des propriétés physiques et chimiques de vos sols et les écarts de rendement dans vos champs, vous faites de l’agriculture de précision.
La pratique de l’AP se résume effectivement en trois étapes : identifier où se situe la variabilité à l’intérieur d’une parcelle, l’analyser et diagnostiquer la cause de la variabilité, et finalement, prendre action pour la gérer, dans la mesure du possible.
Depuis plusieurs années, les Agrocentre proposent à leurs clients l’échantillonnage de sol par GPS. L’échantillonnage géoréférencé consiste à prélever plusieurs échantillons à des endroits précis dans le champ, choisis à l’aide de technologies telles que l’imagerie satellite, ou les cartes de rendement, qui nous permettent de cibler des zones à échantillonner. On peut aussi tracer un carrelage sur le champ (grid) et prélever un échantillon par case, à égale distance l’une de l’autre. En général, on vise à avoir une analyse de sol par hectare de champ. Dès qu’on a plusieurs résultats d’analyses de sol pour un même champ, on peut créer une carte de fertilité du sol qui illustre de manière détaillée la variabilité spatiale des différents paramètres analysés. C’est alors possible de planifier des actions qui permettront de corriger le pH, la fertilité, ou d’améliorer la structure de sol à des endroits ciblés afin d’accroître la productivité globale du champ.
Résultats réels
Bien qu’en théorie, tout porte à croire que l’agriculture de précision améliore réellement la productivité et la rentabilité des fermes qui l’utilisent, les résultats réels sont plus rarement mesurés. En partant du principe que l’échantillonnage de sol est effectué juste une fois par 3 à 5 ans sur une parcelle donnée, les clients qu’on accompagne depuis le début dans ce processus n’en sont qu’à leur troisième campagne d’échantillonnage géoréférencé, dans le meilleur des cas. Les améliorations et le gain d’uniformité au travers les parcelles ne sont donc pas nécessairement mesurés encore, bien que dans certains cas, on peut déjà remarquer une évolution positive des pH ou des teneurs en potassium, selon ce qu’on cherche à corriger. En étudiant au hasard certaines recommandations, on s’est aperçu que l’application de chaux à taux variable requiert en moyenne 3% moins de produit chaulant que si l’application avait été faite à une dose unique sur tout le champ, calculée avec le pH tampon moyen. C’est par contre très variable d’un cas à l’autre, et sur les 10 champs étudiés, 3 nécessitent plus de chaux à taux variable qu’à taux unique, et dans un cas en particulier, l’application à taux variable a permis d’économiser 18% de chaux. L’économie d’argent, surtout en considérant le coût supplémentaire de l’échantillonnage et des analyses géoréférencés n’est donc pas toujours garantie, mais peut également s’avérer intéressante.
Toutefois, c’est en évaluant la répartition de la chaux qu’on a un meilleur aperçu de la valeur de l’AP ; un exemple démontre qu’avec un épandage à dose unique, 50% du champ aurait été sous chaulé, 30% sur chaulé et seulement 20% de la superficie aurait reçu une dose optimale. Un pH inadéquat aux endroits où la correction a été mal faite peut causer des pertes de rendement qui deviennent un « coût » important relié à la gestion conventionnelle.
Les producteurs qui commencent l’échantillonnage par GPS et les applications à taux variables le font souvent avec la chaux, pour la correction du pH. Dans certains cas, 2 produits chaulant différents sont recommandés dans le même champ, pour leur teneur spécifique en potassium ou en magnésium. En effet, les analyses géoréférencées nous permettent de tenir également compte de la variabilité d’autres paramètres de l’analyse, comme les teneurs et les saturations des différentes bases (K, Ca, Mg), lors de la recommandation de chaulage. Puis au fur et à mesure que l’AP entre dans les mœurs, il est possible de gérer d’autres éléments, comme le potassium, à taux variables. En connaissant mieux les différentes zones de gestion du champ, et les paramètres qui les distinguent, on peut ensuite penser varier les quantités de déjections animales appliquées sur différents endroits du champ, ou ajuster les populations semées, toujours dans l’objectif de permettre à chaque section de champ de soutenir un rendement maximal de la culture.
Avec le prix actuel des terres et des intrants, on entend souvent parler de la nécessité de « grandir de l’intérieur ». L’échantillonnage de sol par GPS et la gestion par zone est un bon moyen pour le faire, et c’est beaucoup plus accessible que vous pourriez le croire ! N’hésitez pas à en parler avec votre conseiller Agrocentre !
Témoignage de Alexis Roy, Ferme Bellmeco inc. Stanbridge Station
L’échantillonnage de sol par GPS est utilisé sur notre ferme depuis maintenant trois ans. Cette transition s’inscrit dans une volonté d’intégrer davantage les principes de l’agriculture de précision afin d’améliorer la gestion des intrants. Ce qui nous a convaincus d’adopter cette approche, c’est la possibilité d’obtenir une lecture beaucoup plus précise de nos sols. En multipliant les points d’échantillonnage à l’intérieur d’un même champ, il devient possible de cibler plus précisément les applications de chaux et d’engrais, tout en maximisant leur efficacité et en justifiant les investissements associés à ces intrants.
Au départ, l’un des principaux freins à l’adoption de l’échantillonnage GPS concernait l’aspect technologique. La mise en place et la gestion des points GPS demandent une certaine maîtrise des outils numériques. Avant mon arrivée sur la ferme, peu de personnes étaient réellement à l’aise avec ces technologies, ce qui rendait l’adoption plus complexe. Un temps d’apprentissage a donc été nécessaire.
Les résultats observés depuis l’implantation de cette méthode ont toutefois rapidement confirmé sa pertinence. L’échantillonnage par GPS a révélé d’importantes disparités dans les analyses de sol à l’intérieur de certains champs. Des zones que nous pensions uniformes, notamment en ce qui concerne le pH, présentaient en réalité des carences spécifiques. Ces différences seraient passées inaperçues avec une approche d’échantillonnage plus conventionnelle, basée sur un nombre limité de prélèvements.
L’application de la chaux à taux variable, guidée par les cartes issues de l’échantillonnage GPS, a permis d’améliorer significativement la précision des interventions. Dans certains champs, cela s’est traduit par une réduction des quantités de chaux appliquées, tandis que dans d’autres, les doses sont restées similaires, mais mieux réparties selon les besoins réels du sol. Cette approche a également permis d’ajuster la fertilisation de certains champs, notamment pour la potasse et d’autres éléments nutritifs, en fonction des résultats obtenus.
Malgré les coûts supplémentaires liés à l’analyse de plusieurs échantillons en laboratoire, la rentabilité de l’échantillonnage GPS s’est manifestée rapidement. Les économies réalisées sur les intrants, combinées à une meilleure efficacité des applications, démontrent que cette approche représente un investissement judicieux à moyen et long terme.
Pour la gestion de l’échantillonnage et des données, nous utilisons la plateforme AgConnexion. Bien que l’apprentissage de l’outil ait demandé un certain temps, l’accompagnement d’un conseiller a facilité la transition. Aujourd’hui, nous sommes en mesure de produire nos propres cartes d’analyses de sol et de gérer l’échantillonnage de façon autonome.








